Pandémie ou pas, l'interminable conflit libyen se poursuit. Cette fois-ci, c'est le champion des régimes arabes qui est en recul : le seigneur de guerre Haftar perd du terrain au profit du Gouvernement d'union nationale, reconnu par l'ONU

Malgré la pandémie, l'interminable conflit libyen - il dure depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 – perdure. Les armes parlent en Libye.

Pour faire rapide, elles opposent deux camps : celui du Gouvernement d'union nationale, reconnu par l'ONU, soutenu par la Turquie et qui contrôle la capitale Tripoli ; celui du seigneur de guerre Khalifa Haftar qui, lui, contrôle l'Est du pays et les puits de pétrole.

Depuis près d'un an, c'était lui qui avait l'initiative : en une année d'offensives, il est parvenu en mars dernier à se saisir d'une base aérienne stratégique près de Tripoli et de toute la bande côtière qui sépare la Libye de la Tunisie.

Les alliés arabes et européens du « maréchal » Haftar ?

Il a pour alliés tous ceux qui, dans la région, apprécient sa posture militaro-nationaliste et sa haine des Frères musulmans. On retrouve donc les Emirats Arabes Unis, l'Egypte et aussi, mais de manière plus hypocrite, avec des armes derniers cris et des miliciens, la Russie.

Sauf que parier sur Haftar se révèle être un très mauvais calcul. L'homme est âgé (76 ans) et malade ; de plus, il est perçu par une bonne partie de la population comme une sorte de Kadhafi aux petits pieds ; enfin, ses parrains étrangers n'arrangent rien :

Les Libyens voient bien ce qui se passe dans l'Egypte voisine : répression, prisonniers par dizaines de milliers, corruption et ruine économique. Pas question qu'un régime « à la Sissi » s'installe à Tripoli.

Aftar perd du terrain

C'est ce qu'il se passe depuis quelques semaines. En Avril, le Gouvernement d'union nationale ou GNA – qui je le rappelle est le seul à être reconnu par l'ONU – a commencé à regagner du terrain.

Puis lundi, la GNA a repris cette base aérienne stratégique d'Al Watiya. Enfin, pas plus tard qu'hier, trois villes frontalières avec la Tunisie ont changé de mains : autrement dit, il ne reste plus aux forces d'Haftar que quelques points d'appuis à l'ouest.

L'équilibre des forces est rétabli entre les deux camps. Et Ankara, qui a beaucoup misé sur la Libye, respire.

La France groggy 

Eh bien, si l'aventurier Haftar devait perdre la partie – et je tiens à le rappeler, rien n'est joué – Paris sortira groggy de cette affaire. En 2008, en aidant à renverser Kadhafi, nous étions les héros ; aujourd'hui nous risquons d'être les dindons d'une farce amère :

Depuis le début du quinquennat, par philarabisme, Emmanuel Macron a voulu donner de l'importance au maréchal Haftar : il l'a reçu à Paris et même (littéralement) soigné. Eh puis, l'on a retrouvé des armes « made in France » dans le camp des miliciens d'Haftar.

Ce faisant, Paris a beaucoup fâché l'Italie qui, elle, soutient le Gouvernement d'union nationale. Si l'on ajoute la brouille avec la Turquie d'Erdogan, on a un spectacle assez sombre à décrire :

Erdogan ne s'y est pas trompé qui accuse « certains de donner des leçons de démocratie et de Droits de l'homme et qui, en Libye, choisissent le camp de la dictature et du coup de force »... Et pour une fois, on lui donnerait presque raison.

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