Elles sont onze, en grève de la faim, et sont retranchées dans une église. Le dispositif policier pour les "contrôler" est impressionnant : le régime d'Ortega ne veut prendre aucun risque.

L'église catholique de Masaya au Nicaragua
L'église catholique de Masaya au Nicaragua © Getty / The Washington Post

On part au Nicaragua ce matin, pour une grève de la faim. Ça se passe dans la petite ville de Masaya, à l'est de ce petit pays d'Amérique centrale, un des plus pauvres du sous-continent. Depuis un peu moins d'une semaine, 11 femmes sont retranchées dans un des églises avec le curé, Edwin Román, et jeûnent ensemble.

Elles sont sont toutes mères, sœurs ou épouses de prisonniers politiques, selon l'opposition nicaraguayenne au président Daniel Ortega. Et depuis le début de cette action spectaculaire mais limitée, elle sont littéralement coupées du monde.

La police a établi autour de l'église un cordon de sécurité empêchant qui que ce soit de visiter les grévistes de la faim, ou d'approcher. Les journalistes qui tentent d'informer sont harcelés par les sbires du gouvernement, l'eau et l'électricité ont été coupés.

Un dispositif policier disproportionné

D'autant qu'approcher signifie parfois être arrêté : vendredi dernier, 13 « leaders sociaux », syndicalistes ou responsables d'associations, ont voulu passer. Tous ont été arrêtés et emprisonnés, dont la leader étudiante Amaya Coppens.

En fait, le gouvernement de Daniel Ortega veut à tous prix éviter que se reproduisent les événements de 2018 où d'immenses manifestations avaient bien failli renverser le pouvoir personnel de Daniel Ortega et de son épouse, Rosario Murillo, dite "la Sorcière".

Ce n'est pas une insulte pour rien : elle est adepte du new-age, à la tête d'une fondation « pour la promotion de l'amour » et a couvert les places du pays « d'arbres de vie » en métal coloré de plusieurs mètres de haut. En d'autres termes, elle est bien... barrée...

Les manifestations de 2018 durement réprimées

C'est juste ! 358 personnes sont mortes essentiellement par balle pendant ces manifestations. Il y a eu aussi plus de 2 000 blessés, des centaines d'arrestations et enfin, on estime à 88 000 les Nicaraguayens qui ont dû fuir le pays sous la menace.

Or il se trouve qu'en plus, ces 11 grévistes de la faim n'ont pas choisi n'importe quelle ville : Masaya est la ville symbole de la révolution sandiniste qui a finalement porté Ortega au pouvoir dans les années 90. Y manifester est donc d'une provocation.

Quand à l'église en question, c'est donc celle du père Edwin Román, un héros des manifestations de 2018 : à l'époque, il a ouvert son église aux manifestants pour qu'ils échappent à la répression et parfois à la mort. C'est un héros de l'opposition.

L'effet Evo Morales

Mais il y a eu l'effet Bolivie : le 11 novembre, Evo Morales, président de la Bolivie pendant 14 ans quittait son pays pour l'exil après des semaines de manifestations contre son réélection. Le même jour, Daniel Ortega fêtait ses 74 ans dont 13 au pouvoir.

Pas question pour Ortega de finir comme Morales, donc de laisser dégénérer le moindre début de manifestations : menaces, emprisonnements préventifs et encerclement militaire d'une petite église, de son prêtre et de sa dizaine de grévistes de la faim.

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