En Chinois, on les appelle le « ding-zi-hu » ou « maison clou ». En fait ce sont des maisons, des immeubles dont le ou les propriétaires ont refusé de se laisser expulser.

La dernière "maison clou" de Shanghaï, au milieu de North Huting Road, le 8 septembre dernier, dix jours avant sa destruction
La dernière "maison clou" de Shanghaï, au milieu de North Huting Road, le 8 septembre dernier, dix jours avant sa destruction © AFP / Ke yi / Imaginechina

Donc, des maisons aussi têtues, solitaires et résistantes qu'un clou au milieu d'un mur. Vous allez voir que la métaphore est particulièrement adaptée : pour construire une autoroute, une rocade, une cité ouvrière, un aéroport, il faut en Chine comme partout expulser, exproprier, racheter des terres.

Or certains refusent obstinément toutes les mesures de compensation qu'on leur offre. Mais comme on n'arrête pas le progrès pour si peu en Chine : les autoroutes, les rocades, les barres d'immeubles, l'aéroport se construisent autour de ces maisons.

Elles se retrouvent donc encerclées par l'infrastructure, seules au milieu de la circulation automobile ou cernées par des immeubles de 50 étages. Des maisons clous donc. Or la plus célèbre d'entre elle, à Shanghaï, vient d'être détruite.

Après 14 années de résistance, les propriétaires ont craqué

Ils étaient 10 à vivre au milieu d'une autoroute qui prenait juste la peine de passer de 4 voies à 2 voies pour contourner leur maison, le propriétaire de 87 ans a finalement accepté de partir avec toute sa famille.

L'encre du contrat de vente était à peine signée que les bulldozers se sont mis en route : en quelques heures, la maison était rasée et dès la fin de la semaine, les 2 voies passeront à 4. En fait, ils n'en pouvaient plus, les propriétaires, de tant de nuisance.

Mais cette histoire est loin d'être triste. D'abord, parce qu'elle montre l'incroyable capacité de résistance de certains Chinois face à l'Etat, aux conglomérat, à la modernité et y compris au mépris de leurs concitoyens qui les voient souvent comme des égoïstes.

Les « maisons clous » comme celle de Shanghaï, il y en a des milliers dans tout le pays. Comme il y a chaque année en Chine plus de 3 000 grèves et manifestations officiellement comptabilisé.

Un chiffre en augmentation de 20% en 2016 par rapport à 2015. En fait, l'académie des sciences sociales chinoises estime à 90 000 par an le nombre d' « incidents de masse » – grèves et manifs. Ce qui fait une moyenne de 250 par jour ! C'est ça aussi la Chine.

Un peu de beauté, dans ce monde d'affrontements

Toujours en Chine, une exposition unique et qui ne durera que 46 jours, pas un de plus, à la Cité interdite de Pékin. Après il faudra attendre 4 années pour revoir cette merveille de la peinture chinoise classique qu'est Mille Lis de rivières et Montagnes de Wang Ximeng.

D'abord, la taille de ce rouleau en encre et couleurs bleu profond sur soie : environ 50cm de hauteur sur 12m de longueur. Ensuite, la date : ce chef d'oeuvre très fragile a été peint en 1 113, c'est-à-dire il y a 900 ans, un siècle avant Giotto.

Enfin l'auteur : un peintre mort à 23 ans, qui de son vivant était déjà considéré comme un maître absolu de la peinture. Il a peint ce rouleau à 18 ans et surtout, Mille lis de rivières et Montagnes, est la seule œuvre qui lui ait survécu.

Alors, bien sûr, dès la nouvelle de l'exposition connue, une foule d'amateurs s'est précipitée. Il faut de 6h à 9h pour enfin atteindre le chef d'oeuvre. Mais tout ceux qui l'ont vu en sont sortis ensorcelés. Il reste désormais 45 jours pour le voir.

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