Une ministre belge envoie un tweet avec les prix des 6 vaccins contre la Covid-19 payés par l'Union européenne. Une belle boulette.

Eva de Bleeker, secrétaire d’État chargée du budget de Sa Majesté le roi des Belges
Eva de Bleeker, secrétaire d’État chargée du budget de Sa Majesté le roi des Belges © AFP / LAURIE DIEFFEMBACQ / BELGA MAG / Belga via AFP

Eva de Bleeker, secrétaire d’État chargée du budget de Sa Majesté le roi des Belges, a eu la bonne idée de twitter jeudi dernier la liste des prix négociés par l’Union européenne pour chacun des six vaccins contre la Covid19.

A priori, rien de grave. Après tout chacun trouvera juste et d’utilité publique de savoir le prix qui a été consenti par dose vaccinale aux plus grands laboratoires de la planète, en l’occurrence AstraZeneca, Jonhson&Jonhson, Moderna, Pfizer, Sanofi et CureVac.

Le problème est que cette liste de prix était confidentielle et n’avait pas vocation à finir sur les réseaux sociaux. D’ailleurs aussitôt twitté, aussitôt supprimé… Mais évidemment trop tard : Un journal belge a repéré la boulette et le monde entier a embrayé.

Une liste qui devait rester secrète 

C’est très simple à comprendre : sitôt la liste connue, la presse étasunienne s’en est emparée et a commencé à comparer avec les prix payés par le gouvernement américain. Et patatras, la comparaison est loin d’être flatteuse pour Washington.

Selon le Washington Post, l’UE paiera le vaccin d’AstraZeneca et d’Oxford 45% de moins que les États-Unis. Même tarif pour le vaccin de Pfizer, négocié un quart moins cher par Bruxelles. Il n’y a guère que le vaccin de Moderna que nous paierons 20% de plus.

La presse américaine est d’autant plus furieuse que des sommes considérables ont été versées à ces labos pour développer au plus vite le vaccin contre la Covid-19 : AstraZeneca a ainsi reçu 1,2Mds$ des États-Unis et Moderna 4,1Mds$ !

Une réaction laconique des labos

Oui, timidement mais oui. Ils avancent une explication toute bête à cette différence de prix et d’une logique implacable : les Européens ont souvent commandé deux fois plus de doses vaccinales que les États-Unis. L’exemple type est le vaccin de Pfizer.

Bruxelles a tout de suite commandé 200 millions de doses et en a même ajouté 100 millions d’autres en option. Les États-Unis, eux, ont joué petits-bras avec leur commande de 100 millions de doses. Or, c’est bien connu : le prix dépend du volume commandé.

Et c'est aussi une critique à peine voilée envers l’équipe commando mise en place autour du gendre du président, Jared Kushner, censée gérer la réponse vaccinale étasunienne et appelée opération "Warp Speed", ou opération "vitesse de l’éclair".

Un tacle pour les Etats-Unis 

Pour reprendre l’exemple de Pfizer, le laboratoire – pourtant américain - n’a cessé de conseiller à la Maison-Blanche d’augmenter cette première commande. Or à Washington, ce sont des commerciaux qui négociaient, pas des spécialistes des médicaments.

Donc, ils ont joué la montre, mégoté, en bons commerciaux. Du coup, l’énorme logistique mise en place pour a dû faire l’impasse sur les États-Unis qui, pour une nouvelle commande, devront désormais attendre que les autres pays soient servis.