Shamima Begum est Britannique mais surtout s'est enfuie en 2014 pour la Syrie. Son cas divise la Grande-Bretagne.

Photo de Shamima Begum datant de 2015
Photo de Shamima Begum datant de 2015 © AFP / LAURA LEAN

Direction la Grande Bretagne ce matin, où le sort d'une jeune femme divise le pays. Elle s'appelle Shamima Begum, elle a 19 ans et vient, il y a quelques jours, de donner naissance à un petit garçon. Mais ce n'est pas cette heureuse naissance qui fait polémique. Non, la raison est simple : Shamima est une « fiancée de l'Etat islamique ».

En clair, c'est une de ces nombreuses jeunes Britanniques qui ont rejoint la Syrie et l'Etat islamique, dans son cas en 2014. Elle avait 15 ans tout juste et elle n'est pas partie seule : elles étaient quatre, toutes ados, toutes radicalisées en Grande-Bretagne.

Leur fuite avait fait à l'époque la une des journaux pendant plusieurs semaines. Entre autres parce que Scotland Yard avait dû s'excuser auprès des parents de ces jeunes filles. Des infos précises sur leur fuite avaient filtré et la police n'avait pas donné suite.

Shamima veut rentrer en Grande-Bretagne...

Après tout, explique-t-elle, 400 combattants djihadistes sont rentrés en Grande-Bretagne ces dernières années. Pourquoi pas elle qui, ajoute-elle, n'était qu'une épouse de combattant du califat ? Jusque là, ça semble logique et assez consensuel.

Sauf que Shamima ne s'est pas contentée de la logique et de la prudence. Elle a répondu à plusieurs interviews où elle explique qu'elle ne regrette rien de son engagement ou qu'elle est plutôt d'accord avec les décapitations, puisque c'est autorisé par l'Islam.

De plus, elle a donné à son nouveau-né le nom d'un des 10 compagnons du prophète, Jarrah : pas un des plus pacifiques. Mieux ! Elle a expliqué sans sourciller que les Britanniques devraient « ressentir de la sympathie pour elle ». Elle a tout faux en clair !

La pénible réaction des autorités britanniques

Devant un tel festival, le ministre de l'Intérieur, Sajid Javid, a sorti l'artillerie lourde : il a privé, le 19 février, la jeune femme de sa nationalité britannique. D'un simple trait de plume, ou plutôt d'un simple décret. C'est possible en Grande-Bretagne, pas en France.

D'ailleurs le gouvernement britannique ne s'en ait pas privé : depuis 2010, 150 personnes ont ainsi été privées de leur citoyenneté en Grande-Bretagne, dont 104, rien qu'en 2017. Sauf que, décidément, les ministres de Sa Majesté ne sont plus ce qu'ils étaient !

C'est-à-dire compétents et politiquement avisés : on ne peut retirer sa nationalité à un Britannique qu'à la seule condition de ne pas créer un ou une apatride. Or il se trouve que Shamima est certes d'origine bangladaise mais n'en possède pas la nationalité.

Incompétence et cynisme

D'autant que deux cas du même genre ont déjà été jugés et le ministère de l'Intérieur, défait. Surtout, ce qui est rageant, c'est qu'à l'incompétence s'ajoute le cynisme : si Sajid Javid en fait autant, c'est parce qu'il rêve du 10 Downing Street.

Enfin, les prises de position de Shamima sont peut-être détestables mais elle est Britannique, elle a été radicalisée en Grande-Bretagne, elle est le produit de la société britannique actuelle : mieux vaut affronter le problème que s'en laver les mains, non ?

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