Un président augmente le prix de l'essence et jette des milliers de manifestants dans les rues du pays. C'est au Zimbabwe et... nulle part ailleurs, voyons !

Depuis une semaine, les émeutes se multiplient au Zimbabwe... et le président est absent... Comment racontez ça, tellement c'est incroyable ? C'est l'histoire d'un président qui, en une fois et en une nuit augmente le prix de l'essence de 200% : à près de 3€ le litre. C'est simple, c'est le litre de carburant le plus cher au monde. Record battu !

Immédiatement, la population envahit les rues et proteste : partout des manifestations, des heurts avec la police, voire les forces armées. Le tout, sans même un début de commencement d'organisation ou de présence de l'opposition politique.

Et, tenez-vous bien... le lendemain de cette décision ubuesque et surtout incomprise : le président s'absente. Non pas dans sa résidence officielle, ou une caserne du pays. Non, il prend un jet privé de luxe pour se rendre à l'étranger, en l'occurence en Russie.

Un président en remplace un autre, très impopulaire

Le président en question s'appelle Emmerson Mnangagwa, il a remplacé en novembre dernier un autre président, particulièrement impopulaire, Robert Mugabe, qui était accusé de tous les maux et surtout d'avoir plonger le pays dans la crise.

Evidemment, Emmerson Mnangagwa est certes beaucoup plus jeune que son prédécesseur, mais ce n'est pas non plus un inconnu ou un perdreau de l'année. Surtout, il a été le vice-président de son prédécesseur. Au cœur du système donc.

Mais enfin, à l'époque de son élection – contestée tout de même parce que trop facile – il portait les espoirs d'une partie de la population. Que voulez-vous : un président jeune, avec une réputation de compétence et surtout, salué par la communauté internationale.

Un président hors sol et des manifestants qui plongent dans la misère

Mais oui enfin ! D'ailleurs où ailleurs dans le monde, les mêmes causes produiraient-elles les mêmes effets ? Je ne vois vraiment pas ! Où ailleurs dans le monde, l'augmentation du prix de l'essence entrainerait-elle des centaines de milliers de personnes dans la rue ?

Non, l'histoire est tellement zimbabwéenne que ce président trop bien élu n'a compris la gravité de la situation qu'il laissait derrière lui pour vaquer  à l'étranger, à ses occupations de président, qu'une grosse semaine après cette fameuse augmentation !

Il a fallu que ces centaines de manifestants soient arrêtés, certains blessés par les forces de l'ordre pour qu'il accepte enfin de revenir au pays et de se priver de Graal international, pour un chef d'Etat : le séjour à Davos. Ça y est, il est de retour au pays.

Fallait-il voyager en jet privé ?

C'est vrai que dans un pays en crise depuis plus de 10 ans, où la population fait preuve de trésors d'ingéniosité pour tenter de subsister, s'envoler du pays en jet n'est pas forcément très malin. Mais ça s'explique très bien !

Tous les avions de la compagnie nationale, Air Zimbabwe, sont cloués au sol pour réparation. Elle est même interdite d'atterrissage dans l'Union européenne, cette compagnie. Donc, lorsqu'on veut se rendre à l'étranger, c'est en jet. Rien d'autre.

En fait, le vrai problème du Zimbabwe se résume à une expression locale : ce nouveau président Mnangagwa, est « un chauffeur neuf dans un vieux taxi ». Le remplacement de l'ancien président Mugabe n'a pas été le fruit d'une révolte populaire.

C'est une révolution de palais. La direction du pays devenait tellement baroque que les huiles du parti au pouvoir, la ZanuPf, mais aussi l'armée, ont eu peur de tout perdre. Tout ce beau linge n'a pas prix le pouvoir : il l'a ramassé avant qu'un autre s'en charge.

Donc, depuis 5 mois, rien n'a été fait. L'inflation est galopante, les taxes ne cessent d'augmenter, l'indifférence de la clique au pouvoir à la souffrance de la population est devenue évidente. Et la goutte, c'est donc cette augmentation du prix de l'essence.

Et toute ressemblance avec une autre situation internationale serait parfaitement fortuite... Evidemment !

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