Justin Trudeau est débarrassé de Donald Trump qu'il détestait ! Par contre, il reste les ennuis venus du voisin états-unien.

TC Energy, la société canadienne à l'origine du pipeline Keystone XL entre le Canada et les États-Unis, a suspendu le 20 janvier 2021 la construction du conduit pétrolier que le nouveau président américain Joe Biden s'est engagé à bloquer rapidement.
TC Energy, la société canadienne à l'origine du pipeline Keystone XL entre le Canada et les États-Unis, a suspendu le 20 janvier 2021 la construction du conduit pétrolier que le nouveau président américain Joe Biden s'est engagé à bloquer rapidement. © AFP / TOM PENNINGTON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

S’il y a bien quelqu’un qui se réjouit de l’arrivée de Joe Biden, c’est le canadien Justin Trudeau. Il faut dire que ses rapports avec Donald Trump étaient exécrables ! Souvenez-vous de ces 20 très très longues secondes de silence que Trudeau a marqué en juin dernier alors qu’on lui demandait de commenter la décision du 45e président des États-Unis d’envoyer l’armée contre des manifestants de "Black lives matter".

D’ailleurs, tout avait mal commencé entre ces deux-là : traditionnellement, le premier voyage à l’étranger d’un nouveau président américain est pour le Canada. Or Donald Trump avait préféré l’Arabie Saoudite. Mais les choses sont rentrées dans l’ordre : le premier coup de fils à un dignitaire étranger de Joe Biden sera pour Justin Trudeau vendredi.

L'oléoduc de la discorde

Il y a bien un petit détail de 1900 kms de long qui pourrait gripper cette belle amitié nord-américaine. Ce détail est un oléoduc géant appelé Keystone XL et chargé de transporter à terme 830 000 barils de pétrole canadien vers le Golfe du Mexique étasunien.

Cet oléoduc est bien la seule chose qui, en 2017, avait réussi à mettre d’accord Justin Trudeau et Donald Trump. Le président américain y tenait beaucoup, tout bêtement parce que Barack Obama n’en voulait pas et l’avait donc interdit en 2015. Et, pas de chances pour les Canadiens, plus encore que Barack Obama, Joe Biden ne veut pas en entendre parler. Il s’y était déjà opposé comme vice-président, a prévenu qu’il s’y opposerait comme président et que l’interdire ferait partie de ses premières mesures : ce sera dès mercredi prochain !

Un pétrole canadien lourd et cher

La première raison est politique : refuser la construction de ce pipeline est un marqueur de gauche. Depuis 2010, tout ce que les États-Unis et le Canada comptent d’associations environnementales militent pour en arrêter les travaux.

Ensuite, il y a une raison économique : le pétrole issu de sables bitumineux de l’Alberta, est très cher à extraire et à raffiner. Il n’est rentable qu’entre 65 et 100 dollars le baril. Or aujourd’hui, le baril tourne autour de 40 à 50 dollars : en clair, il est inutile de la vendre à ce prix-là.

Enfin, il y a une raison encore plus simple : les États-Unis n’ont pas besoin du pétrole canadien. Ils sont depuis redevenus le premier producteur mondial. Donc, pourquoi balafrer le territoire états-unien du nord au sud, pour un pétrole cher, étranger et inutile ?

Tonner contre et n'en penser pas moins

A Ottawa, ils vont tonner contre, pour le principe. D’ailleurs dès ce soir Trudeau s’est dit "déçu" par la décision de Biden. Ce qui est le niveau zéro de la colère diplomatique. Pour une autre raison simple : Justin Trudeau est le leader du parti libéral. Or les Libéraux se sont pris une dégelée électorale en 2019 justement dans l’Alberta.

Calice ! Pourquoi voudriez-vous qu’il prenne le risque de se fâcher d’emblée avec Joe Biden pour une province ingrate dans laquelle il n’a plus un seul député ? Sans parler du Premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui est une sorte de Donald Trump des prairies.

Autrement dit, Justin Trudeau peut donc à la fois se rabibocher à moindre frais avec les Etats-Unis et nuire à un adversaire politique. Une pierre deux coups !