La dernière idée de Donald Trump en matière de Défense. Créer une force militaire de l'espace, indépendante de l'armée de l'air américaine, capable d'assurer la domination des Etats-Unis dans une partie du Cosmos

C'est peu dire que ce projet a été fraîchement accueilli à Moscou!

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova craint "un impact déstabilisateur sur la sécurité internationale".

Le mot qui ne passe pas dans les déclarations de Trump c'est bien sûr la "domination" américaine.

Un objectif clairement indiqué par Washington donc préoccupant pour le Kremlin.

Dans la Russie de Poutine voir les Etats-Unis employer ce genre de vocabulaire et s'arroger un droit sur un domaine censé être commun à l'humanité (à savoir l'espace) est forcément vu comme une provocation.

Pour l'instant, les Russes se contentent de répondre en jurant de leurs bonnes intentions.

"Notre pays n'a pas intérêt à remplir de quelconques tâches dans l'espace en ayant recours à des moyens d'attaque", dit-on à Moscou. Mais la réalité est un peu plus compliquée.

Il faut dire que la Russie a quelques raisons de se méfier des projets militaires américains dans l'espace

Des raisons historiques qui évoquent de fâcheux souvenirs au Kremlin.

Rappelez-vous, le 23 mars 1983 Ronald Reagan annonce à la télévision le lancement de son "initiative de défense stratégique" destinée à protéger les Etats-Unis et leurs alliés de la menace des missiles soviétiques.

Ce que l'histoire retiendra sous le nom de guerre des étoiles.

« Je fais un premier pas important. J’ordonne un effort intense pour un programme de recherche à long terme afin de commencer à réaliser notre but d’élimination de la menace des missiles nucléaires stratégiques. 

Mes chers compatriotes, ce soir nous lançons une initiative qui tient la promesse de changer le cours de l’histoire de l’humanité »

A cette époque, la guerre froide bat son plein et sous prétexte d’annihiler toute menace nucléaire grâce à un projet hyper-sophistiqué de satellites tueurs de missiles, Ronald Reagan va entraîner l'Union soviétique vers un piège.

Une fuite en avant technologique et ruineuse qui contribuera à la chute de l'URSS.

Les efforts de Moscou pour répondre aux ambitions de domination militaire des Américains dans l'espace seront non seulement improductifs mais totalement vains.

Car les Etats-Unis eux non plus ne parviendront pas à développer le programme très ambitieux tel qu'il était voulu par Reagan.

A l'époque à Washington beaucoup d'élus démocrates mais aussi républicains n'y croyaient pas et s'étaient insurgés contre ce programme de science-fiction.

Avec la création future de "la force de l'espace" annoncée par Donald Trump, le scénario semble se répéter.

Du côté du Pentagone, l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous. Même si personne ne veut contredire le président, tout cela prendra beaucoup de temps, dit-on prudemment.

Et surtout l'idée de créer une nouvelle force indépendante de l'armée de l'air qui avait vocation à développer des activités spatiales, provoque déjà des réticences.

Quant aux premières réactions de la classe politique américaine, elles sont pour le moins mitigées. Même si certains parlementaires s'étaient prononcés il y a déjà un an pour la création de cette force dédiée aux activités militaires dans l'espace.

Avant de débloquer les centaines de milliards de dollars que pourrait coûter un tel programme, il faudra passer par le Congrès ; donc ce n'est pas pour demain

Pour autant Donald Trump met le doigt sur un sujet essentiel en matière de Défense pour toutes les grands puissances militaires de la planète.

C'est devenu un enjeu majeur sous une forme assez différente de celle imaginée il y a 35 ans par son lointain prédécesseur.

Car la question aujourd'hui relève surtout de la sécurisation des satellites, militaires.

Alors tout a-t-il changé ? Techniquement oui. Mais politiquement pas du tout.

L'annonce faite lundi dernier par Trump ressemble beaucoup à une réponse à la Russie.

Il y a deux semaines, Poutine annonçait la mise en service dès l'an prochain du système de missiles stratégiques baptisé "Avangard".

"L'arme absolue" selon le président russe, visiblement fier de sa fusée intercontinentale, volant à vingt fois la vitesse du son.

Ce sera l'une des composantes d'un nouveau dispositif présenté comme "invincible" par le maître du Kremlin, lors de son discours devant le parlement au mois de mars.

Vladimir Poutine avait pris soin d'ajouter que la Russie ne menace personne.

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