Il restait 3 immeubles à détruire pour en finir avec ce quartier misérable de la banlieue de Naples, popularisé par le livre de Roberto Saviano : "Gomorra". Ce sera chose faite dans quelques semaines. Récit.

Le quartier de la Scampia
Le quartier de la Scampia © Getty / Emmanuele Russino

Depuis Gomorra, le livre de Roberto Saviano paru en 2006, puis le film de 2008, primé à Cannes, puis enfin la série en 2014, Scampia, cette banlieue populaire de Naples et ses « Vele », ces tours en forme de Voiles sont devenues une attraction.

Or les « Vele », ces immeubles de 9 étages, construits entre 1965 et 1980 et qui ont accueilli jusqu'à 240 familles par unité vivent leur derniers moments.

Il y en avait 7 au départ, quatre ont déjà été détruites entre 1995 et 2005, dont certaines n'avaient même pas été achevées. La semaine dernière, la phase finale a commencé par la destruction de la Voile Verte qui devrait s'achever d'ici 180 jours.

Haute couture architecturale

Pour une raison qui explique en partie l'échec de ces « unités de vie » à la Le Corbusier imaginées par l'architecte italien Franz di Salvo : sur les plans, ces « Voiles » de béton devaient être éloignées de 12m l'une de l'autre. Par économie, on les a rapprochées.

Donc trop proches l'une de l'autre pour être détruites d'un coup. D'autant qu'une quarantaine de familles y vivent encore et que des immeubles neufs ont remplacé les tours qui étaient déjà détruites. Il fallait faire de la haute couture.

Mais Le Vele, c'est bien autre chose qu'un projet architectural raté : ce sont 12 000 habitants qui y ont vécu et qui y vivent encore dans cette banlieue déshéritée mais solidaire, qui a accueilli des milliers de sinistrés du tremblement de terre de 1980.

Le domaine du crime organisé napolitain

Unité de temps, de lieu et d'action ! Le théâtre parfait pour la Camorra, la mafia napolitaine. Pendant des années, Les "Vele" ont été le plus important hypermarché des drogues de l'Europe occidentale et ce jusqu'en 2004.

Cette année-là, le clan Di Lauro et un clan dissident se sont affrontés à raison parfois d'un mort par balle et par jour. Mais cette histoire de Camorra a occulté la vraie histoire de ce quartier : celle des habitants qui, depuis 35 ans, se battent eux aussi.

Pour détruire ses « Voiles » mais en relogeant sur place ses habitants, pour ceux qui sont malades à cause de ces murs extérieurs qui, par économie, ne faisaient que 12 centimètres d'épaisseur, entraînant une exposition à l'humidité et à la moisissure.

Un maire en "deus ex machina"

Oui, mais il a tout de même fallu un « deus ex machina » en la personne de l'actuel maire de Naples, Luigi de Magistris, qui a pris à bras le corps le problème et a imaginé l'avenir de Scampia avec ses habitants.

Son projet « Restart Scampia » prévoit de reloger tout le monde et même de conserver une des tours, la Voile Céleste, pour y décentraliser des services municipaux napolitains ! Des logements, des transports, du travail... La vie peut reprendre.

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