Le New York Times est la Rolls des quotidiens et son enquête de mortalité comparée dans 11 pays et quelques grandes villes est remarquable. Lecture et décryptage.

Le New York Times a enquêté sur les données de mortalité de 11 pays dans le monde et de plusieurs capitales ou mégapoles.
Le New York Times a enquêté sur les données de mortalité de 11 pays dans le monde et de plusieurs capitales ou mégapoles. © AFP / Igor Golovniov/SOPA Images/LightRocket

Ce matin, je voulais parler d'un article remarquable du New York Times. Il faut le rappeler : le New York Times, c'est la Rolls du journalisme mondial. La capacité d'analyse et d'enquête de ce quotidien vieux de bientôt 170 ans et lauréat de plus d'une centaine de prix Pulitzer est unique au monde et époustouflante.  

L'article en question compile, sur un mois – grosso modo le mois de mars - les données de mortalité de 11 pays dans le monde et de plusieurs capitales ou mégapoles. Mais surtout, il compare ces chiffres avec la mortalité "normale" d'un mois de mars.  

Comment obtient-on cette "normalité" ? C'est simple : on regarde tous les mois de mars entre 2015 et 2019 et on fait une moyenne. Pour tout vous dire, cela fait des semaines que j'attendais ça : les mortalités comparées sont les seuls données qui vaillent !

Des chiffres impressionnants

On va commencer par le chiffre qui claque : le New York Times a trouvé 28 000 morts de plus. C'est la différence constatée entre la surmortalité dans ces 11 pays – où l'essentiel de l'épidémie fait rage – et les chiffres communiqués par les autorités.

On va prendre son temps. Partout dans le monde, il y a une surmortalité pour mars 2020 : il a deux tiers de décès en plus en Espagne ; En France, c'est 28% de plus ; en Grande-Bretagne, un tiers. Partout, en moyenne, c'est entre un quart et un tiers de plus, environ.

Puis il y a la différence entre les chiffres donnés par les autorités et donc la réalité. En clair, certains pays comptent très mal, c'est le cas de l'Espagne, avec une différence d'un tiers, alors que d'autres comptent très bien comme la Belgique : différence nulle.

Et il a le cas de New York...

Je n'en suis pas revenu. Alors qu'on l'a dit, la surmortalité tourne en Europe autour de 20 à 30%, celle de New York est de 298% ! Autrement dit, entre le 11 mars et le 18 avril, 4 fois plus de New-Yorkais sont décédés qu'au court d'un mois de mars "normal".

New York cumule en plus ! Non seulement on y meurt 4 fois plus, mais la différence entre les chiffres officiels et la surmortalité est presque au niveau de l'Espagne, qui on l'a vu est le mauvais élève de la classe européenne : une différence d'un quart !

A la décharge de New York, d'autres villes présentent des chiffres aussi dissonants : Djakarta, la capitale indonésienne, avoue 84 morts du Covid-19 alors que la surmortalité constatée par le New York Times atteint en fait le millier. Mais l'Indonésie n'a ni la richesse, ni le système de santé des Etats-Unis !

Comment expliquer cette « anomalie » new-yorkaise ?

C'est l'exemple d'Istanbul qui apporte un début de réponse. Alors que le gouvernement turc a mis du temps à prendre la mesure du problème, il a pris un retard statistique difficile à combler : la Turquie avoue 2 140 décès dus au coronavirus dans tout le pays.

Or, rien qu'à Istanbul, la surmortalité est... de 2 100 morts. Donc, il est probable qu'à New York, comme à Istanbul, l'épidémie ait commencé plus tôt et les autorités se sont réveillées – statistiquement parlant – en catastrophe. D'où cette énorme différence.

J'ajouterais – comme le New York Times d'ailleurs – que, dans les démocraties en tous cas, il n'y a pas intention de dissimuler. En clair, les démocraties comptent mal, alors que les régimes autoritaires - la Russie, la Chine, l'Iran – mentent, elles, éhontément.

Pire, ces régimes se prennent les pieds dans leur propres mensonges : devant l'abyssale différence entre les chiffres chinois et occidentaux, Pékin a augmenté de moitié, il y a deux jours, le nombre de morts à Wuhan ! C'est évidemment pire ! C'est avouer qu'on ment et mentir encore !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.