Le 3e roi mage n'est représenté comme un homme noir que très tard dans l'histoire de l'art. La preuve par une exposition londonienne.

Adoration des mages (Gaspard, Melchior et Balthazar). Le plus âgé lui offre un coffret avec l'image de Saint-Georges. Derrière eux, le serviteur oriental plonge la main dans son sac. Peinture d'Albrecht Dürer
Adoration des mages (Gaspard, Melchior et Balthazar). Le plus âgé lui offre un coffret avec l'image de Saint-Georges. Derrière eux, le serviteur oriental plonge la main dans son sac. Peinture d'Albrecht Dürer © AFP / Electa/Leemage pse311869

Photo d'illustration : Au fond le paysage en ruines et les cavaliers evoquent le séjour du peintre en Italie. Peinture de Albrecht Dürer (1471-1528), 1504. Florence, Musée des Offices (Galleria degli Uffizi)

On ne peut plus se rendre à Londres, alors prenons date ! A compter du 6 janvier, une superbe exposition de la National Gallery, longuement commentée par le quotidien The Guardian, s’intéresse à la représentation des Noirs dans la peinture occidentale. Ou plutôt dans les Nativités. 

En clair, quand a-t-on commencé à représenter Balthazar, une des trois rois mages, celui qui porte à l’enfant Jésus la myrrhe, en homme noir ? D’abord, rien dans l’Evangile de Matthieu ne signale leurs noms ou origine.

Il faudra attendre le Ve siècle pour qu’un texte grec les nomme Gaspard, Balthazar et Melchior. Puis il faudra encore attendre deux siècles et demi pour qu’enfin Balthazar soit qualifié d’Africain par le moine historien Bède le Vénérable. Puis, plus rien…

Pendant des siècles, les peintres occidentaux s’acharneront à représenter les trois rois mages en dignitaires tout ce qu’il y a de plus blancs. Ça ne signifie pas que l’on ne représente pas les Noirs : sur le portulan dit Atlas Catalan de 1375, un roi noir est figuré…

Les rois mages, en noire majesté 

Pour que l'art religieux inclut un roi noir, il va falloir attendre les débuts pour l’Europe de la toute première mondialisation, à savoir le XVe siècle. C’est l’époque, autour de 1440, où les Portugais commence à explorer les contours de l’Afrique, à installer les premiers comptoirs.

D’abord commerciaux et très vite esclavagistes. Au même moment, quelques peintres peignent Balthazar en homme africain. Comme si la mise en relation, même violente, de ces deux mondes – Europe et Afrique – donnait enfin des modèles aux artistes.

Et cette révolution ne se passe pas n’importe où : elle se passe dans les Pays-Bas autour des ports d’Anvers et d’Amsterdam et en Italie, avant tout à Venise. Trois passages obligés pour toutes les marchandises importées d’Orient et d’Afrique.

Mais plus fascinant encore, ces peintres comme Dürer, Mantegna ou le flamand Jérôme Bosch ont encore le choix de représenter Balthazar en prince blanc ou Africain. Au même moment, Botticelli, lui, continue par exemple à le représenter en prince florentin.

Un roi noir, élégant et sensuel

C’est peut-être le plus fascinant de cette histoire : ils les représentent avec, à la fois, beaucoup de respect – il ne manque à Balthazar aucun des attributs de la richesse et la dignité royale – et beaucoup d’humanisme. Prenez le cas de l’extraordinaire Dürer : non seulement il donne fait poser son balthazar en "contrapposto", c’est-à-dire dans la pose des statue grecque classique, mais il lui donne une sensualité que non aucun des autres personnages. Humanisme, respect et un rien d’érotisme. Tout Dürer.

Dürer à qui l’on doit aussi, en 1521, une des premières représentations d’une femme noire, la servante Katharina. Une génération avant, Mantegna fait même de Balthazar, vêtu d’un extraordinaire manteau blanc, le point focal de son Adoration des Mages.

Alors bien sûr, cette représentation des Noirs est à la fois unique et fugace. Viendront ensuite des représentations moins nobles depuis les zoos humains de la fin du XIXe siècle jusqu’à la ceinture de bananes de Joséphine Baker.

Mais il y a aussi eu un moment de grâce qui correspond à la découverte d’une autre humanité que l’on ne considérait pas comme inférieure, à l’image de ce qu’en disait Montaigne ou du personnage d’Othello, le maure de Venise, dans la pièce de Shakespeare.

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