Elles sont une centaine avec leurs valises devant leur ambassade. "Elles", se sont d'anciennes employées de maison éthiopiennes "licenciées" par leur employeur qui les a laissé sans autre forme de procès sur le trottoir.

Témoignage d'une femme de ménage exploitée au Liban qui n'a pas vu le jour, ni la nuit pendant 6 mois et n'a pas été payée
Témoignage d'une femme de ménage exploitée au Liban qui n'a pas vu le jour, ni la nuit pendant 6 mois et n'a pas été payée © capture écran de TV5 Monde

Ce matin on s'intéresse au sort des Ethiopiennes qui vivent au Liban. Plutôt de celles rassemblées sur le trottoir longeant l'ambassade d'Ethiopie à Beyrouth. Elles était encore une centaine ce week-end. Or ces femmes, souvent jeunes, sont en fait des employées de maison.

Quelques unes de ces fameuses « bonnes » que toute famille de la classe moyenne libanaise se doit d'employer pour faire le ménage, s'occuper des enfants, faire les courses, la cuisine. Bref épargner à la maîtresse de maison les tâches ménagères.

Elles représentent la moitié des 500 000 travailleurs immigrés déclarés dans le pays. Elles sont Philippines, Sri-lankaises mais surtout Ethiopiennes et ne sont pas là pour leur plaisir : elles ont été abandonnées devant l'ambassade comme des paquets !

Licenciement express " à la libanaise

Avec la profonde crise économique qui frappe le pays et la chute de la livre libanaise des trois-quarts de sa valeur en 6 mois, de plus en plus d'employeurs n'arrivent plus ou ne veulent plus payer leur maigre salaire d'environ 200 € par mois.

Donc ils les licencient... à la libanaise, c'est-à-dire sans autre forme de procès qu'en les abandonnant avec leurs maigres valises devant leur ambassade. Point barre. Elles n'ont souvent pas été payées depuis plusieurs mois et sont donc totalement démunies.

L'Ambassade d'Ethiopie ne fait rien, d'autant qu'il n'y a pas ou peu de vols internationaux au départ du Liban, à cause de la pandémie. Et en plus, elles n'ont souvent ni papiers, ni  passeports, à cause du système dit de la « kafala ».

De l'assujettissement, voire l'esclavage moderne

Le système de la kafala est une sorte de parrainage très utilisé au Moyen-Orient : ça consiste à être l'employeur et le garant d'une ou un employé étranger : en échange d'un travail et d'un visa, le « garant » assure l'emploi et le logement de l'employé.

En échange, l'employé ne peut changer d'emploi et doit souvent remettre son passeport à son employeur-garant. La plupart des ONG décrivent – d'ailleurs avec raison - ce lien de travail comme de l'assujettissement, voire de l'esclavage moderne.

On ne compte plus les cas de privation de liberté, de salaires impayés, d'horaires à rallonge, de mauvais traitements, voire de viol. Le tout quasi sans recours : les employeurs sont très rarement poursuivis. Mais ça commence à changer !

Manifs et finalement droit du travail

Il y a un an, en mai 2019, il y a eu des manifestations de ces employées de maison : du jamais vu ! Il y avait urgence : au Liban, on compte deux suicides parmi elles par semaine. Il fallait donc abolir la Kafala et réintroduire un peu de droit du travail.

Une commission a donc remis ses conclusions samedi ! Plus question d'enfermer à clé sa bonne, ni de confisquer son passeport, ni de la priver de son jour de congé hebdomadaire, ni d'une nuit continue ! On croit rêver !

Ce sera salaire minimum, semaine de 48h à raison de 10h par jour maximum, 15 jours de congés payés et une chambre avec fenêtre et éclairage. Pour ces bonnes libanaises, aussi incroyable que cela puisse nous paraître, c'est une véritable révolution sociale.

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