Les deux principaux candidats à la présidentielle indonésienne ont fait assaut de piété pendant la campagne. Ils se sont aussi allié à deux partis islamistes radicaux. Est-ce un piège ou au contraire une façon de les étouffer ?

Tout est passionnant dans cette élection présidentielle indonésienne : le nombre d'électeurs - 190 millions – le taux de participation – 80% - à faire pâlir d'envie nos têtes de listes aux Européennes et l'enjeu : l'Indonésie est le 1er pays musulman au monde : 260 millions d'habitants.

L'enjeu y est crucial et la bataille, cette fois-ci s'est jouée autour de l'islam. Or l'islam indonésien a toujours été modéré. Ça c'était avant. C'est beaucoup moins vrai depuis que l'Arabie saoudite et son salafisme a déversé des milliards de dollars sur le pays...

Les islamistes radicaux ont donné le ton

Prenons un exemple : en 2017, la province-capitale de Djakarta devait élire son gouverneur. Le favori était un chrétien d'origine chinoise, très populaire, très compétent et soutenu par le président actuel qui vient d'être réélu : Joko Wododo dit Jokowi.

Or ce candidat s'est fait battre par un concurrent musulman presque inconnu ! Que s'est-il passé ? les islamistes radicaux se sont déchaînés sur le candidat chrétien, l'accusant de blasphème, jetant une fatwa contre lui. Et ils l'ont emporté.

Pour Jokowi, mais aussi son principal opposant, Prabowo, ça a été un choc, deux ans avant la présidentielle. Et les deux ils ont réagi de la même façon : ils ont joué à « qui est plus musulman que l'autre »...

Des alliances de dernière minute avec le Diable

Le président Jokowi a par exemple fait un pèlerinage à La Mecque de dernière minute. Mais surtout, les deux ce sont alliés à des partis musulmans.

Par exemple, Jokowi, l'actuel président donc, a choisi pour vice-président – ça marche comme aux Etats-Unis – le chef du parti qui a eu la peau du candidat chrétien à Djakarta.

Même topo du côté du candidat de l'opposition Prabowo : il s'est allié à un autre mouvement issu de l'islam politique et il a accusé Jokowi d'être un catholique caché, un communiste, un ennemi de l'Islam. Tout y est passé !

Le baiser de la mort

En fait, il y a deux manières de voir cette campagne « plus musulman que moi tu meurs ». Il y a ceux qui pensent que les deux principaux candidats à la présidentielle ont vendu leur âme au Diable et qu'ils le paieront plutôt un jour que l'autre.

Et il y a ceux, dont je suis, qui pensent que face au tombereau d'argent saoudien, il faut être malin : « quand on n'a pas de pétrole, on a des idées ». Et l'idée des 2 candidats c'est le baiser de la mort : inclure les islamistes pour mieux les étouffer.

Or ça semble marcher : les partis islamistes ont réalisé des scores minables : ils ont été avalés par leur soif de pouvoir, en parfaite contradiction avec leur discours piétiste.

Je vous l'ai dit : tout est passionnant dans cette élection finalement remportée par l'actuel président Jokowi plus de 54% des voix. J'ajouterais juste par prudence... ça a marché cette fois. On verra en 2024 pour le revanche.

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