Encore un président péruvien démis de ses fonctions par un énième scandale de corruption. Quelquefois, la politique sud-américaine se caricature elle-même et le Pérou semble être une épure.

L'ancien président Alejandro Toledo est l'objet d'un mandat d'arrêt international et la justice péruvienne va demander aux Etats-Unis son extradition. Son successeur, Alan García, est lui aussi suspecté de corruption. Son successeur, Ollanta Humala, est déjà incarcéré, en compagnie de son épouse, Nadine Heredia, et devinez pour quelle raison ? Pour corruption ! Voilà maintenant le tour de son placide successeur, Pedro Pablo Kuczynski, dit PPK, qui a hier démissionné.

Encore un scandale de corruption, avec cette particularité qu'il touche l'ensemble des forces politiques péruviennes et surtout, qu'il est très simple à comprendre pour la population : une seule entreprise est concernée : Odebrecht.

Une entreprise brésilienne de travaux public

Qui pour obtenir des contrats a arrosé toute l'Amérique latine : de l'Equateur au Pérou en passant par la Bolivie d'Evo Morales et le Vénézuéla de Nicolás Maduro. Mais au Pérou, la corruption s'est doublée d'une affaire de famille digne d'une telenovela.

Qui voulait la perte de ce président mal élu, un rien falot et sans majorité au parlement ? Sa principale opposante, évidemment ! Une jeune femme, Keiko Fujimori, qui a aujourd'hui 42 ans et qui n'est autre que la fille d'un ancien président péruvien.

Vous l'avez compris, un ancien président, Alberto Fujimori, qui lui aussi purgeait une peine de prison mais pour crimes contre l'humanité cette fois-ci jusqu'à ce que PKK croie malin de lui accorder sa grâce présidentielle. Le jour de Noël 2017.

Côté Fujimori vous avez la fille qui est à la tête de l'opposition ; le père, ancien président, qui est désormais libre et même le fils, Kenji, qui dispute l'héritage paternel à sa sœur. De l'autre, vous avez un président magnanime mais faible et seul.

La chute de l'actuel président semblait inéluctable

Et c'est objectivement désespérant. Parce que, quelle est l'alternative à cette débandade ? La convocation d'élections présidentielles et législatives que la famille Fujimori remporterait inévitablement ?

C'est-à-dire le retour d'un populisme revanchard qu'en Amérique latine on ne connaît que trop bien sous le nom de caudillisme. Rappelons qu'Alberto Fujimori a été reconnu coupable d'avoir ordonné des massacres, mais il a aussi, en 1992, fermé le parlement !

C'est d'autant plus écoeurant que le Pérou va bien, au sens macroéconomique du terme. Son économie est en pleine croissance et c'est un des rares pays d'Amérique latine en qui les investisseurs ont relativement confiance, avec le Chili et la Colombie.

La seul aussi des pays andins à avoir échappé au caudillisme de gauche qui a ruiné le Vénézuéla, noyé l'Equateur dans la crise politique et est en train d'enfoncer la Bolivie dans l'autoritarisme. Oui, vous avez bien entendu, même la Bolivie d'Evo Morales !

Ce président qui portait des pulls tricotés par maman et qui refusait de dormir au Palais présidentiel. 10 ans plus tard, Evo Morlales ne voit pourquoi il devrait quitter le pouvoir après 2 mandats alors même qu'il a perdu un référendum sur cette question !

Un peu d'espoir ?

Il y en a un très ténu, mais je vous le livre tout de même : les seules fois où un politique a fait du bien au Pérou, c'est lorsque ce politique est arrivé au pouvoir dans les pires circonstances et un peu par hasard. C'est ce qui s'est passé en 2000.

Après Fujimori, un président intérimaire appelé Valentín Paniagua a rétabli la démocratie. Aujourd'hui ce rôle incombe au vice-président Martín Vizcarra, qui est revenu d'urgence du Canada pour devenir vendredi l'incongru 67e président du Pérou.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.