Traiter un universitaire de "petite frappe", voilà qui est peu diplomatique. C'est la mésaventure qui est arrivée à Antoine Bondaz. Mais il est loin d'être seul au monde.

Sur Twitter, l'ambassade de Chine traite un universitaire français très respecté et grand spécialiste de la Chine, Antoine Bondaz, de « petite frappe »
Sur Twitter, l'ambassade de Chine traite un universitaire français très respecté et grand spécialiste de la Chine, Antoine Bondaz, de « petite frappe » © Getty / Sam Bloomberg-Rissman

Vendredi 19 mars, l’ambassade de Chine publie un tweet sur son compte officiel dans lequel elle traite un universitaire français très respecté et grand spécialiste de la Chine, Antoine Bondaz, de « petite frappe ». D’abord, c’est le ton très peu diplomatique qui détonne.

Surtout, l’ambassade ne semble rien regretter : hier dans la soirée, elle publie un communiqué dans lequel, sans le nommer, elle qualifie M. Bondaz de « troll idéologique » faisant partie d’une meute de « hyènes folles » aux « relations louches avec Taïwan ».

La voilà l’explication : M. Bondaz a déplu à la Chine officielle parce qu’il a mis en lumière les pressions exercées par l’ambassade sur un groupe de sénateurs français qui s’apprêtaient à y voyager à Taïwan.

Quel intérêt pour l’ambassade de s’en prendre à un universitaire ?

Intimider ! M. Bondaz, bien sûr, mais surtout tous ses pairs qui étudient la Chine et qui ont donc besoin de s’y rendre pour leurs travaux universitaires. Les voilà prévenu : on ne plaisante plus avec les tabous chinois. Ces tabous ou lignes rouges sont bien connus : 

Ils sont au nombre de quatre : Tienanmen, Mao Tsé-Toung, le Dalaï-Lama et donc le Tibet et Taïwan. Ces dernières années est venu s’ajouter à cette liste la répression épouvantable des Ouïgours. Il faut éviter d’en parler ou rester très prudent.

Les universitaires étaient relativement préservés de ces « tabous ». Pour une raison simple : la Chine avait besoin de gagner en popularité et en attractivité dans le monde. Pour cela, rien de mieux que des coopérations universitaires et des échanges étudiants.

Qu’est-ce qui a changé ?

Le rapport de force ! La Chine semble être parvenue à la conclusion que c’est désormais nous qui avons besoin d’elle et plus l'inverse. Ce basculement se mesure en chiffres :

En 30 ans, les études sur la Chine ont connu une progression fulgurante. Pour vous donner une idée : en 1990, seul 100 travaux scientifiques impliquant la Chine avaient été publié en Grande-Bretagne. En 2019, c’était cent soixante fois plus !

Il y a aussi le poids des étudiants chinois dans les universités du monde entier. Aux États-Unis ils représentent un tiers des étudiants étrangers. Or ils paient leurs études rubis sur l’ongle et sont indispensables à l’équilibre financier d’Harvard, d’Oxford et autres… 

Antoine Bondaz est-il le seul universitaire à être ainsi attaqué ?

Non ! Le 10 mars, un chercheur allemand installé aux États-Unis, M. Adrian Zenz, faisait l’objet de plaintes devant la justice chinoise de la part d’entreprises opérant dans le Xinjiang, cette région de l’Ouest de la Chine où vivent les Ouïgours.

Ce qu’on reproche à Adrian Zenz, c’est d’avoir franchi la fameuse ligne rouge en cosignant un rapport dévastateur sur les Ouïgours, allant même jusqu’à discuter de génocide. Un rapport qui a servi de base pour des sanctions américaines contre la Chine.

Certes, ces plaintes déposées en Chine ne conduiront pas à l’arrestation d’un chercheur allemand vivant aux États-Unis. Mais comme dans le cas de M. Bondaz, le but est d’intimider et, finalement, d’inhiber ses collègues sinologues qui voudraient être trop libres.