Après des semaines d'ostracisme - justifié - l'Arabie saoudite a décidé de repasser à l'attaque avec la seule arme qu'elle connaisse : le pétrole et son prix. Une méthode très efficace.

Après des semaines d'ostracisme, d'enquêtes et d'accusations – toutes justifiées - dans l'affaire Khashoggi, ce journaliste assassiné, démembré voire dissout dans l'acide et ce dans les locaux même du Consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le palais contre attaque.

Et il le fait avec la seule arme de destruction massive qu'il possède : le pétrole. Et, c'est très efficace. Pas plus tard qu'hier, le président Trump renouvelait sa confiance dans le royaume et expliquait qu'on ne saurait jamais si oui ou non, le prince héritier savait.

Alors que tout le monde sait, y compris la CIA. Et pour bien enfoncer le clou de cette alliance indéfectible qui vaut bien un meurtre barbare, Donald Trump tweetait : « le prix du pétrole baisse. Merci l'Arabie saoudite, il pourrait même baisser encore ».

Le baril a perdu 23% de sa valeur.

Une chute énorme ! Surtout lorsqu'on sait que l'Iran est moins présente sur le marché, à cause des sanctions américaines, que la production vénézuélienne ne cesse de baisser et, surtout, que la demande elle est en hausse :

Pour la 1ère fois de l'Histoire, la consommation de pétrole brut a dépassé en octobre les 100 millions de barils quotidiens. C'est d'ailleurs cette hausse de la consommation, couplé à une production conservatrice qui a propulsé les prix au delà de 80$ le baril.

Les conséquences on les connait : ce sont les gilets jaunes bloquant la France entière. Donc, la baisse de ces derniers jours est une sorte d'aubaine, de miracle, qui vient soulager l'ensemble des pas consommateurs. Or ce miracle est saoudien.

Et si le baril passait à 200 voire 400$

Tout commence par un article menaçant publié sur le site de la chaîne de télé Al Arabiya. Une chaîne payée par Ryad. On est le 14 octobre, 15 jours après la disparition de Khashoggi alors qu'on commence à accuser le prince héritier Mohamed ben Salman.  

Que dit cet éditorial ? Que des sanctions contre l'Arabie saoudite pourraient précipiter des mesures de rétorsions. Je cite : « si un baril à 80$ énerve Donald Trump, comment réagira-t-il à 100$, ou 200$, voire même le double ? » Ça s'appelle des menaces !

Or en octobre, on était en pleine campagne électorale des MidTerms et l'électorat de Trump, c'est l'Amérique des 4/4 et du pétrole abondant. De plus, aux Etats-Unis, on sait que la moindre hausse du baril se retrouve le lendemain à la pompe.

Le prix du pétrole, ça fonctionne comme la bombe atomique : on menace, mais on ne l'utilise pas. L'Arabie saoudite a laissé passer les élections. Mieux encore : ces 15 derniers jours, le royaume a petit à petit laissé les prix baisser.

Puis, il y a quelques jours, Ryad laisse entendre qu'elle pourrait réduire sa production quotidienne : un demi-million, voire un million de barils en moins sur le marché. C'est le seul pays capable de cela et ça veut dire : fini de rigoler, négocions sérieusement.

Négocions quoi ? Une modération des prix du pétrole contre un communiqué de la Maison-Blanche et si possible un tweet du président. Et deux : un retour sur la scène internationale dans les semaines à venir pour Mohamed ben Salman, le prince héritier.

D'ailleurs, fin novembre il y a un G20 à Buenos Aires et la présidence argentine a fait savoir que le prince héritier d'Arabie saoudite avait confirmé sa venue. Mohamed Ben Salman sur la photo du G20 entouré des grands de ce monde. Voilà l'occasion ! CQFD !

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