Une vingtaine de prêtres ont interdit ce weekend à quelques femmes l'entrée dans un temple du Kerala. Et ce malgré une décision de la Cour suprême indienne d'abroger ces interdictions séculaires. Mais les Indiennes ont de la ressource et le principe d'égalité chevillé au corps.

Des membres d'Ayyappa Dharma Samrakshana Samithi tiennent des pancartes lors d'une manifestation contre le verdict de la Cour suprême concernant l'entrée de femmes de tous âges dans le temple Sabarimala Lord Ayyappa (14/10/2018)
Des membres d'Ayyappa Dharma Samrakshana Samithi tiennent des pancartes lors d'une manifestation contre le verdict de la Cour suprême concernant l'entrée de femmes de tous âges dans le temple Sabarimala Lord Ayyappa (14/10/2018) © Getty / Amal KS/Hindustan Times

Ça se passait ce weekend, à l'entrée du temple de Sabarimala, dans l'Etat sudiste du Kerala. Des dizaines de prêtres voués à la déesse Ayyappa, une déesse célibataire et un peu yoguiste par ailleurs, ont barré de leur corps l'entrée du temple.

Ils voulaient empêcher les femmes de pénétrer le saint des saints en vertu d'un tabou séculaire qui interdit aux femmes menstruées – et pour plus de précaution aux filles et aux femmes de 10 à 50 ans – d'entrer dans le temple et donc de le souiller.

C'est une interdiction qu'on retrouve dans pas mal de temples hindous. Or il se trouve que le 28 septembre dernier, la Cour suprême indienne a interdit ce qu'elle nomme justement « cette discrimination » alors que l'Inde, je le rappelle, est un Etat laïque.

Les femmes n'ont finalement pas pu rentrer, parce qu'en plus du refus des prêtres, s'ajoute la mauvaise volonté du gouvernement local, qui par ailleurs est communiste. Les autorités ont en effet expliqué qu'elles n'étaient pas là pour protéger les activistes et les provocatrices.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les prêtres hindous se distinguent par leur... comment dire... arriération. En 2016, un grand prêtre de 94 ans expliqué que le femmes n'avaient pas à se réjouir de pouvoir entrer dans les temples interdits :

« prier la déesse Shani de cette façon leur portera malchance et les violences ne feront qu'empirer, y compris les viols ». La bonne nouvelle, c'est que les Indiennes réagissent : en 2015, elles avaient lancé « heureuses d'avoir nos règles » sur les réseaux sociaux.

Le mouvement MeToo qui prend le relai...

Et il est d'une force que l'on ne mesure pas en Occident. A la fois bien plus puissant et surtout, il a déjà obtenu quelques résultats tangibles : un ministre a déjà démissionné, c'était le 16 octobre dernier, et pas n'importe quel ministre :

Avant d'être nommé ministre, Mobashar Jawed Akbar était journaliste et fondateur de deux grands journaux indiens. Une sommité, passé par le Times of India et partout invité. On lui reproche aujourd'hui d'avoir harcelé plus d'une vingtaine de consoeurs.

Le cas de M. Akbar est le plus médiatisé, et pour cause : celle qui a osé parlé – elle s'appelle Priya Ramani – a dû émigrer aux Etats-Unis plutôt que vivre et travailler dans les parages de son agresseur. Elle a aujourd'hui la nationalité étasunienne.

Un peu comme en Argentine, où le mouvement pour l'avortement s'est appuyé sur des réseaux déjà constitué contre les violences faites aux femmes, le mouvement #MeToo en Inde profite du combat de millions d'Indiennes contre les viols et les agressions.

Un mouvement de masse qui avait commencé en 2012, par un viol collectif dans un bus à New Delhi. La victime Jyoti Singh, qui avait 23 ans, était décédée de ses blessures. Elle avait été rouée de coups en plus d'être violée par ses six agresseurs.

Des manifestations gigantesques avaient balayé l'Inde et changé la loi, pour plus de fermeté. Aujourd'hui, l'Inde est un pays en pleine croissance qui s'urbanise vite et les archaïsmes patriarcaux, tant religieux que machistes, sont devenus insupportables.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.