Depuis 7 mois, les petits Algériens n'avaient pas vu leur classe. Ce 21 octobre, c'est donc jour de rentrée pour 6 millions d'entre eux. En attendant collégiens, lycéens et surtout étudiants... mais après le référendum constitutionnel.

En Algérie, six millions d'écoliers ont retrouvé le chemin de l'école ce mercredi 21 octobre 2020
En Algérie, six millions d'écoliers ont retrouvé le chemin de l'école ce mercredi 21 octobre 2020 © AFP / Billal Bensalem / NurPhoto

Cela faisait sept mois qu’écoles et universités étaient fermées en Algérie. En cause, bien entendu, la pandémie de Covid19. Aujourd’hui donc, ce sont 6 millions d’élèves du primaire qui feront leur rentrée. Puis suivront les élèves du secondaire le 4 novembre.

Enfin, ce sera le tour des étudiants, le 22 novembre. Mais pour Abdelmadjid Tebboune, président depuis à peine un an, c’est un véritable test que cette rentrée des classes et le début d’une séquence politique délicate.

Tout est pesé au trébuchet dans cette affaire de rentrée. D’abord, l’Algérie est un des pays au monde qui a le plus longtemps interrompu l’école. D’un strict point de vue sanitaire, rien ne justifiait plus de sept mois loin des préaux et des amphis.

L’Algérie n’a recensé qu’une cinquantaine de milliers de cas de Covid19 depuis le début de la pandémie et un peu moins de 2 000 morts. C’est très peu pour un pays de 45 millions d’habitants. La question est donc : pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Première réponse évidente : personne ne croit à ces chiffres. C’est si vrai que l’Union européenne n’a toujours pas retiré l’Algérie de sa liste des pays vers ou depuis lequel ne pas voyager. Mais, à mon avis, il y a une autre raison qui s’appelle Hirak.

La Covid19, une "bénédiction" pour un pouvoir malaimé

Des millions de personnes dans les rues tous les mardis et tous les vendredis, le président Bouteflika empêché de se présenter pour un 5e mandat, mais aussi des centaines d’arrestations et de procès et, à la fin, un nouveau président, M. Tebboune.

Mais il faut aussi bien comprendre que le confinement de la population et surtout l’interruption de l’année scolaire ont été une sorte bénédiction pour un pouvoir mal élu, malaimé et en quête non pas d’un second mais d’un premier souffle !

Or, des millions d’enfants à la maison plutôt qu’à l’école, ce sont des parents contraints de rester à la maison, plutôt que de manifester. De plus, c’est dans les lycées et les universités que le mouvement Hirak c’est en partie structuré, politisé, organisé.

Saturer les Algériens de problèmes quotidiens

Effectivement, le 1er novembre les Algériens sont appelés à voter pour une nouvelle constitution. D’où le calcul très « sioux » des autorités : d’abord, les petits à l’école, puis au milieu de cette séquence, on glisse un référendum, l’air de rien.

Enfin, immédiatement après, les lycéens rentrent et enfin, les étudiants. En clair, on sature le peuple algérien de problèmes quotidiens histoire de ne surtout pas réveiller la bête politique qui sommeille en lui. Et surtout, on maintient les leaders en prison.

Dont le journaliste Khaled Drareni, correspondant de TV5 Monde et emprisonné depuis plus de 6 mois. Il est devenu le symbole de cette étouffante répression policière et judiciaire. Il ne sortira pas pour couvrir cette rentrée des classes, croyez-moi !