Pour lutter contre les enlèvements crapuleux, le police de Kinshasa a trouvé la parade : les embouteillages stratégiques. Explications.

Policier de Kinshasa
Policier de Kinshasa © AFP / Samir Tounsi

Kinshasa, mégalopole de 16 millions d'habitants, capitale de la République démocratique du Congo, on a une façon originale de lutter contre les enlèvements crapuleux. Une ville où les kidnappings n'ont rien de nouveau mais qui connait une recrudescence, des derniers mois, de cette criminalité particulièrement odieuse.

Surtout, alors que ces enlèvements visaient à dépouiller les victimes, puis à les abandonner quelques kilomètres plus loin, le mode opératoire a évolué vers une forme plus... élaborée mais aussi plus dangereuse : les victimes sont enlevées pour être rançonnées.

Ces kidnappings sont souvent le fait de faux taxis qui, après avoir chargé un client ou une cliente jugée « rentable », l'enferme dans le coffre du véhicule puis le ou la remet à de vrais gangs de kidnappeurs. La solution trouvée par la police : l'embouteillage !

Piéger les faux taxis pour mieux les confondre

C'est simple : la police de Kinshasa n'a ni les moyens ni le temps de mener des enquêtes circonstanciées. La solution est donc d'installer des barrages routiers sur les grands axes. La police laisse passer les véhicules particuliers et ne vise que les taxis.

Cette méthode a deux énormes avantages : 

  • les taxis – les vrais comme les faux – sont bloqués dans l'embouteillage. Ils sont piégés. 
  • pour marcher un enlèvement doit être rapide. L'embouteillage enlève tout effet de surprise.

Et le mieux, c'est que – selon la police bien sûr – c'est assez efficace : d'une moyenne de 7 à 8 enlèvements par jour ces derniers mois, on est passé à zéro et le tout, avec un minimum de forces engagées. Toute l'Afrique en une débrouillardise résumée.

L'exemple nigérian

Il y a deux raisons : d'abord il y a le ralentissement de l'économie congolaise dû à la pandémie de Covid19. Une enquête a été menée fin septembre par une ONG norvégienne dans 14 pays pauvres, pour la plupart africains, dont la RDC : les 3/4 des Congolais interviewés ont expliqué avoir perdu tout ou partie de leurs revenus depuis mars dernier, et 73% hésitent à envoyer leurs enfants à l'école par manque d'argent. D'où une augmentation de la criminalité, kidnappings compris.

La deuxième raison est l'exemple nigérian : au Nigéria, le kidnapping est une vraie industrie. Entre 2011 et 2020, 18 millions de dollars avaient été versés en rançon à des gangs. Pas plus tard que le 28 oût dernier, 132 femmes et enfants libérés d'un coup de leurs griffes.

Résilience et débrouillardise

Depuis fin juillet, le pays se débat avec la 11e résurgence d'Ebola en deux ans. On comptait 118 contaminations au 15 septembre d'une maladie qui, je le rappelle, est mortelle à près de 50%.

Ajoutez à cela des cas de choléra, une épidémie toujours vive de rougeole et donc la Covid19, et vous obtenez probablement une des populations au monde les plus stoïques face à la maladie et la mort.

Par ailleurs, l'habitude des épidémies rend les gestes barrières, le nettoyage des mains et le port du masque évidents. Kinshasa, comme toute l'Afrique d'ailleurs, n'a que la prévention pour s'en sortir et, tous les observateurs le disent, elle l'utilise massivement.

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