Pour le moment, il ne s'agit que de légaliser production et commercialisation du cannabis thérapeutique. Mais même avec cette restriction, le Liban fait figure de pionnier dans le monde arabe.

Le Liban légalise le cannabis thérapeutique
Le Liban légalise le cannabis thérapeutique © Getty / Esther Kelleter / EyeEm

Direction le Liban ce matin qui vient presque de légaliser le cannabis. Mardi 21 avril, le Parlement libanais réuni en format restreint, a voté la légalisation de la consommation et de la production de cannabis à usage uniquement thérapeutique et industriel.

L'idée est, à terme, d'organiser une filière complète qui permettrait de proposer tous les produits dérivés du chanvre : à savoir des produits pharmaceutiques mais aussi fibre et donc textile, huiles et cannabidiol. C'est le premier pays arabe à sauter le pas.

Pour une bonne raison : selon l'ONU, le Liban est le 3e producteur mondial de résine de cannabis, derrière le Maroc et l'Afghanistan. Une production jusqu'à présent entièrement illégale et que le gouvernement compte organiser et surtout fiscaliser.

Légaliser ce qui existe déjà !  

Et rapporte beaucoup... Enfin plutôt rapportait beaucoup ! L'essentiel de la production libanaise se situe dans la fameuse plaine de la Bekaa, non loin de la frontière syrienne. Or depuis plusieurs années, la région surproduit du cannabis. 

Les prix se sont donc effondrés. On est passé de 1 200 voire 1 500 $ le kilo à moins de 100 $ aujourd'hui. Une région, en plus, pauvre où les migrants syriens sont nombreux : il fallait donc trouver une solution.

Si vous ajoutez la crise économique abyssale que traverse le Liban : en quelques semaines, c'était plié !

La crise, la crise, la crise !

Cette crise a divisé par deux le cours de la livre libanaise, elle a asséché les réserves de devises de la banque centrale et elle fait exploser le chômage. Les politiques libanais se sont alors souvenus d'un vieux rapport de 2018 :

Pour peu que le cannabis soit légalisé et la filière organisée, ce rapport promettait un milliard de dollars par an de plus pour l'Etat libanais. Or, en ce moment, au Liban, il n'y a pas de petites rentrées fiscales.

Evidemment, des précautions ont été prises : c'est à l'Etat libanais qu'il reviendra de contrôler la production, payer les cannibiculteurs, entreposer la récolte puis contrôler l'utilisation. Mais un milliard ! La loi est votée !

Les contorsions dogmatiques du Hezbollah 

Le Hezbollah, pour sa part, a dû trouver une solution compliquée : lorsqu'on est un parti à base religieuse dont le nom signifie "parti de Dieu", voter pour une loi qui légalise "l'herbe qui fait rire", même à vocation thérapeutique, c'est dogmatiquement compliqué : le Hezbollah a donc logiquement voté non !

Mais... comme la plaine de la Bekaa est son fief ; et le trafic de cannabis, une part non négligeable de ses revenus, le Hezbollah a autorisé ses alliés au Parlement à voter pour. Donc le Hezbollah a voté "non", mais en fait il a voté "oui".

Si, en plus, cette loi peut faire plaisir à ces jeunes que l'on a vu par centaines de milliers manifester d'octobre 2019 à mars 2020, ce serait parfait ! Cette loi est donc une "épure" de jésuitisme politico-religieux à la libanaise.

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