140 ans après sa création, l'un des plus prestigieux quotidiens régionaux étasuniens tente une introspection salutaire : revisiter sa couverture de la communauté noire. D'où ces excuses retentissantes.

Une vague d'excuses de la part de journaux régionaux aux Etats-Unis
Une vague d'excuses de la part de journaux régionaux aux Etats-Unis © Getty / BRIAN MITCHELL

Direction le Missouri, pour des excuses publiques qui, depuis qu’elles ont été délivrées dimanche dernier, font sensation. Il s’agit de celles du Kansas City Star, un quotidien fondé en 1880 dans cet État ségrégationniste du centre des États-Unis, le Missouri.

Des excuses qui s’étalent sur 10 pages et qui commencent par ces mots : "Pendant 140 ans, le Kansas City Star a été une des voix les plus influentes de cet État et de sa région". Un "quotidien qui pourtant a pêché autant par omission que par commission".

"Ce quotidien a marginalisé, ignoré, méprisé des générations de citoyens Noirs de Kansas City. Avant d’en dire plus, ajoute le directeur de la rédaction Mike Fannin, il me semble que j’ai l’obligation morale de dire tout simplement : nous sommes désolés".

La mort de George Floyd a tout changé

Mike Fannin le raconte : comme beaucoup d’autres autres institutions américaines, la mort au printemps dernier à Minneapolis de George Floyd sous le genou d’un policier blanc, le Kansas City Star s’est livré à une véritable introspection.

De longues discussions ont alors été conduites qui ont abouti à la nomination d’une équipe de reporters chargés de se plonger dans les archives du quotidien pour voir si, oui ou non, le Star était coupable de discriminations envers la communauté noire.

Ce que cette équipe de reporters a trouvé "les a souvent dégoûtés" : des décennies de commentaires et de reportages qui dépeignaient les Noirs comme des criminels, vivant dans un monde de violence et si peu de réussites noires, comme si elles n’existaient pas.

Capture écran de la page d'accueil du Kansas City Star
Capture écran de la page d'accueil du Kansas City Star / .

Le meilleur exemple de cette injustice est encore celui de Charlie Parker, immense saxophoniste natif de Kansas City. Il n’a eu droit en tout qu’à 4 paragraphes et uniquement au moment de sa mort. Et encore : avec une erreur grossière sur son nom et son âge.

D'autres quotidiens et magazine optent pour la même démarche

Il est le seul à l’avoir fait d’une façon aussi extensive. Le seul aussi à tenter d’en tirer des conclusions concrètes. D’abord, le Star a dressé un constat accablant : malgré une réelle évolution, ces trente dernières années, seul 17% de ses journalistes sont Noirs.

Or, ils représentent près d’un tiers des habitants de Kansas City. Pour y remédier, il a été décidé de passer désormais toutes les informations à connotations raciales au crible d’un panel composé de citoyens noirs et de militants des Droits civiques.

Reste que d’autres quotidiens et magazines étasuniens ont fait la même démarche, et pas des moindres. C’est le cas du Los Angeles Times qui, en septembre, a publié un édito pour s’excuser de 80 ans de couverture biaisée des populations non-blanches.

Ajoutant même que "le LA Times avait longtemps été 'profondément ancré dans une culture suprématiste blanche'". C’est aussi le cas du Montgomery Advertiser, en 2018, qui s’est excusé pour ses "honteux" reportages sur les lynchages dans l’Alabama.

C’est aussi le cas pour le National Geographic qui, en 2018, s’est excusé pour son passé raciste. Quant au Kansas City Star, ses excuses ont redonné toutes leurs lettres de noblesse à deux autres quotidiens de Kansas City qui, eux, ont fait un boulot remarquable : Le Kansas City Call et le Kansas City Sun… deux quotidiens de la communauté noire…