La municipalité d'Istanbul produit depuis les années 70 un "pain du peuple" et le vend aux plus pauvres pour une fraction du prix public. Depuis un an, la production a quadruplé... signe que la crise est sévère en Turquie.

Ce pain est une longue histoire stambouliote. Depuis 1977, la municipalité d’Istanbul produit son propre pain, qu’elle vend moins cher dans des kiosques dédiés. Ce pain s’appelle « Halk Ekmet », c’est-à-dire le « pain du peuple ».

Sauf que la crise économique en Turquie est très dure en ce moment avec notamment une inflation très élevée sur les produits de première nécessité : en un an, par exemple, les œufs ont augmenté de 100%, l’huile de tournesol de 110% et le pain de 20%.

Les salaires n’ont pas suivi une inflation galopante

Entre 5 et 8% de mieux pour les salaires en moyenne ! Or le salaire moyen des plus pauvres permet d’acheter 8 miches de pain par jour. En clair, la demande en « pain du peuple » a explosé en quelques mois : jusqu’en novembre 2020, il s’en vendait 800 000 par jour.

Aujourd’hui, la production a doublé et, de l’aveu même de la régie municipale « Halk Helket », il faudra dans les semaines à venir fournir 2 millions et demi de pains par jour. Un défi qui commence par la distribution.

Pour atteindre ce niveau le maire a voulu ouvrir 142 nouveaux kiosques. Sauf que si le maire, Ekrem Imamoglu, est un farouche opposant à Erdogan, son assemblée municipale, elle, est contrôlée par le parti d’Erdogan, l'AKP. Elle s'est opposée à ses nouveaux kiosques.

Car le parti d’Erdogan est tétanisé à l’idée que l’actuel maire puisse devenir populaire dans les quartiers qu’il contrôle encore. Le maire a donc répliqué en louant une quarantaine de camionnettes pour sillonner les rues d’Istanbul et distribuer le « pain du peuple ».

Cette fois-ci, c’est le ministère de l’Agriculture qui a réagi en interdisant la vente de pain dans les rues. Ce à quoi la mairie a répondu : « nous distribuerons ce pain aux Stambouliotes au porte-à-porte s’il le faut ».

Cette histoire de « pain du peuple » montre bien la crise profonde dans laquelle se trouve tant Istanbul – qui jamais n’avait connu autant de files d’attente pour récupérer ce pain des pauvres – que le reste du pays.

La Grèce et l'Union européenne : les meilleurs ennemis d'Erdogan

La promesse d'Erdogan a toujours été une Turquie prospère. La crise économique, la distribution du « pain du peuple » qui quadruple à Istanbul, l’inflation qui ronge les revenus et une élection présidentielle qui approche - c’est pour 2022.

Alors Erdogan a réagi comme il le fait dès qu’il est en difficulté à l’intérieur : en s’en prenant à ses meilleurs ennemis : à savoir l’Union européenne et la Grèce.

Hier encore, il a reproché à l’UE de ne pas avoir tout payé des 6 milliards d’euros promis pour les millions de migrants installés en Turquie alors que la Grèce, elle, recevait 3 milliards pour 100 000 migrants. Pas sûr que cette fois ça suffise à calmer la gronde sociale.