Consigne a été passée aux journalistes occidentaux de respecter désormais la tradition japonaise qui fait précéder le nom au prénom. Ce sera donc Abe Shinzo, comme Xi Jinping. Pas si simple...

Shinzo Abe, Premier ministre du Japon
Shinzo Abe, Premier ministre du Japon © Getty / Thierry Monasse

Le Premier ministre japonais ne veut plus qu'on l'appelle Shinzo Abe mais Abe Shinzo. C'est-à-dire qu'on revienne à la bonne vieille tradition japonaise qui fait précéder le nom de famille - Abe – au prénom – Shinzo. Après tout, explique-t-il, on dit bien M. Xi pour le président chinois Xi Jinping.

D'ailleurs on écrit aussi M. Moon, pour le président sud-coréen Moon Jae-In. Par de raison de faire de différence. Dont acte. C'est le ministre des Affaires étrangères Taro Kono qui a transmis cette requête aux journalistes occidentaux. Pardon M. Kono, donc Kono Taro.

La question est : pourquoi les Occidentaux inversent-ils nom et prénom à occidentale alors qu'ils ne le font ni pour les Chinois, ni pour les Coréens, ni pour les Vietnamiens. La réponse est : parce que les Japonais l'ont voulu ou le voulaient, si vous voulez...

Une inversion vieille de plus d'un siècle

Il faut revenir pas mal en arrière, à l'ère Meiji, pour bien comprendre. On est à la fin du XIXe siècle, et le Japon est refermé sur lui-même. Entrer ou sortir au Japon sans permission spéciale, pour un étranger comme pour un Japonais, était puni de mort immédiate.

Mais les Japonais voient comment leur voisin chinois, à force d'ignorer, voire de mépriser, la modernité, ont été obligés de signer des « traités inégaux » avec les puissances occidentales et, donc, de perdre leur indépendance.

Pour éviter cela à tout prix, et à compter de 1868, le Japon s'industrialise à marche forcée en imitant en tout point l'Occident. Le yen est créé, la capitale transférée à Edo, qui devient Tokyo, et l'on inverse nom et prénom pour mieux coller à l'Occident.

Les Japonais ont suivi la consigne... jusqu'à l'occupation américaine

Pendant toute la première partie du XXe siècle, cette habitude s'est plutôt imposée. Mais à compter de 1945 et de l'occupation américaine, un mouvement de résistance s'est notamment concrétisé dans la récupération des traditions japonaises.

Le personnage emblématique de cette « résistance » très nationaliste c'est évidemment l'écrivain Mishima qui finira par se faire harakiri en public. Mais pour revenir à cette affaire de nom et de prénom, les Japonais sont encore aujourd'hui très divisés :

Un tiers d'entre eux trouve qu'on devrait en rester là, un autre tiers tient à la tradition japonaise et un dernier tiers n'en pense rien. Donc, lorsque Shinzo Abe – pardon, Abe Shinzo – exige l'inversion, il se situe dans une tradition très nationaliste.

Un message adressé au reste de l'Asie

Staline disait, « On n'échappe pas à la géographie ». Avec la Chine qui redevient une grande puissance, avec les Etats-Unis, plus va-t-en-guerre commercial que jamais, le Japon de Abe Shinzo a voulu faire une sorte de clin d'oeil au reste de l'Asie.

Tout en ménageant Washington : Donald Trump sera à Tokyo samedi et sera le premier dirigeant occidental à rencontrer le nouvel empereur. C'est une épure de diplomatie à l'asiatique. Tout est dit dans le symbole et personne ne perd la face.

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