Le candidat de l'opposition à la présidentielle du Congo Brazzaville est décédé de la Covid-19 le jour même du scrutin. C'est le dernier d'une longue liste de président et Premier ministre africains qui ont succombé à la maladie. Analyse.

Guy-Brice Parfait Kolelas, le candidat de l'opposition à la présidentielle du Congo Brazzaville est décédé le jour même du scrutin de la Covid19
Guy-Brice Parfait Kolelas, le candidat de l'opposition à la présidentielle du Congo Brazzaville est décédé le jour même du scrutin de la Covid19 © AFP / MARCO LONGARI

Guy-Brice Parfait Kolelas avait 60 ans. Il venait vendredi d’être testé positif et il est mort dimanche dans l’avion sanitaire qui le conduisait en France pour se faire soigner.

Plus incroyable encore : M. Kolelas était candidat à l’élection présidentielle qui se tenait au Congo-Brazzaville ce même dimanche. C’était même le principal opposant à l’éternel président congolais Denis Sassou-Nguesso. Le seul à pouvoir le faire vaciller.

Donc, des électeurs votaient encore pour lui alors que leur candidat était déjà décédé. Cette histoire ahurissante sert aussi à mettre en relief un paradoxe Covid 19 africain.

D’un côté, si l’on regarde les chiffres officiels, le Continent noir serait – de loin – le moins affecté par la pandémie avec 110 000 morts pour un milliard 300 millions d’habitants. C’est-à-dire autant que la France pour une population 20 fois plus nombreuse.

De l’autre, le nombre de dignitaires africains morts ou malades est effrayant. Il y a le président Burundais décédé en juin avec des symptômes évidents de la Covid-19, le vice-président de l’archipel de Zanzibar, mort le mois dernier

Mais aussi le vice Premier ministre ougandais ou encore le Premier ministre du Swaziland. Sans parler du président algérien Tebboune, soigné des semaines durant en Allemagne alors que plusieurs personnes de son entourage avaient été testées positives.

Une sous-évaluation de l’épidémie en Afrique

Et ce pour des raisons évidentes : le manque de tests, le manque de masques et de structures de santé ou tout simplement la difficulté d’accès aux malades :

Il y a aussi l’impossibilité d’organiser des confinements sur un continent où 80 % de la population travaille au noir. Une sorte d’orage parfait pour une maladie respiratoire.

Enfin, il y a phénomène que l’on retrouve dans un certain nombre de pays d’Afrique : le déni. Quatre pays africains, par exemple, refusent de faire partie de l’initiative mondiale Covax qui vise à distribuer gratuitement des vaccins contre la Covid-19.

L’Érythrée, le Burundi, la Tanzanie et Madagascar. Ces deux derniers pays sont même des militants de la première heure de ce fameux déni. À Madagascar, le président Andry Rajoelina continue de promouvoir sans preuves scientifiques sa tisane locale à base d’armoise.

Quant à la Tanzanie, le président Magufuli refusait depuis juin 2020 de transmettre ses chiffres de malades et de décès à l’OMS. Il avait même déclaré son pays de 60 millions d’habitants libre de toute infection après plusieurs jours de prières.

Or cinq membres de son gouvernement sont morts récemment à quelques jours d’intervalle. Lui-même est décédé mercredi dernier de « complications cardiaques » comme on a bien voulu l’expliquer. Le déni et les rumeurs jusque dans la mort, donc.