Au Brésil, la majorité de la population se définit comme noire ou métisse, ce qui rend plus compliqué le combat des Afro-Brésiliens contre le racisme et les violences policières.

On part au Brésil ce matin, pour le meurtre d’un Afro-Brésilien. Un meurtre n’est pas sans rappeler l’assassinat, le 25 mai, de George Floyd à Minneapolis. Cette fois, l’affaire se situe à Porto Alegre, un port du sud du Brésil. Deux vigiles ont retenu, puis frappé violemment, puis donc tué João Alberto Silveira Freitas.

Cela s’est passé juste à l’entrée d’un supermarché Carrefour et la vidéo, prise par un employé, a fait le tour des réseaux sociaux brésiliens et, pour corser le tout, cet incident a eu lieu la veille d’un jour important : le jour de la conscience noire.

Une sorte de fête nationale alternative pour la communauté afro-brésilienne, jour férié dans plus de 1200 villes du pays. Des manifestations prenant pour cible les magasins Carrefour se sont multipliées pendant tout le week-end aux cris de « Carrefour Assassins ».

Le magasin fermé, son directeur viré

Le contrat avec l’entreprise employant les deux vigiles a été rompu, le directeur de ce Carrefour de Porto Alegre a été licencié et le Carrefour lui-même sera définitivement fermé.

Une réaction d’autant plus radicale que ce n’est pas la 1ère fois que l’entreprise française est impliquée au Brésil dans des affaires de violence et de racisme envers les Noirs.

Il n'y a pas de racisme au Brésil (disent-ils)

L’histoire que l’on raconte à tous les petits brésiliens est la suivante : au Brésil le racisme n’existe pas. C’est d’ailleurs la première réaction qu’ont eu en cœur le vice-président et le président brésiliens, Hamilton Mourão et Jair Bolsonaro.

La réalité est bien sûr très différente. D’abord : le Brésil est le dernier pays au monde à avoir aboli l’esclavage en 1888. Surtout, les Noirs et Métisses représentent 57% de la population brésiliennes mais les trois quarts des victimes de meurtres violents et surtout, 80% des personnes tuées par la police.

Comparer les situations brésiliennes et américaines ? Difficile

Le racisme anti-noir est un fait au Brésil qui se reflète aussi dans les inégalités salariales : dans les grandes villes du pays, les Noirs gagnent 2,5 fois moins que les blancs.

Sauf que, contrairement aux États-Unis, une majorité de la population brésilienne s’identifie elle-même comme noire ou métisse. C’était la moitié lors du dernier recensement en 2010 et donc 57% aujourd’hui. Il y a un autre exemple étonnant :

Lors des élections d’octobre dernier, un gros tiers des candidats ont changé leur statut racial officiel entre 2018 et 2020 de « Blancs » à « Métisse » ou « Noir ». La raison est d’abord financière : les fonds publics sont distribués aux partis racialement divers.

Mais pas seulement : cette popularité des catégories noires ou métisses correspond à la sociologie du pays avec des circonscriptions toujours plus diverses racialement. Difficile alors de plaquer sur la société brésilienne les catégories étasuniennes, qui d’évidence procèdent d’une autre histoire.

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