Le procès du système Bouteflika commence ce lundi 23 septembre à Blida, près d'Alger. Parmi les accusés, une députée, Louisa Hanoune, en prison depuis mai. Accusée pour l'exemple.

Louisa Hanoune en 2015
Louisa Hanoune en 2015 © AFP / Billal Bensalem / NurPhoto

Direction l'Algérie ce matin, pour un procès retentissant. Celui de Saïd Bouteflika, le frère et éminence grise de l'ex-président Abdelaziz Bouteflika, du général Toufik, ancien patron des services secrets, du général Bashir Tartag, autre barbouze et de Louisa Hanoune, cheffe du Parti des travailleurs, le PT.

En clair, c'est le procès du « système Bouteflika ». Mais je ne sais pas si, comme moi, vous avez remarqué qu'au simple énoncé des prévenus, de cette « bande des quatre » qui comparait aujourd'hui, il y a comme une erreur, comme une dissonance...

Trotskiste et légitime

C'est bien, vous suivez ! Effectivement, dans ce catalogue de barbouzes, de conseiller de l'ombre et de militaires, il y a donc une femme de 65 ans qui n'a jamais été ministre et qui est la cheffe d'un petit parti trotskiste j'allais dire groupusculaire.

Certes, elle a été élue 5 fois députée, ce qui signifie en Algérie de sérieuses négociations avec le régime, mais comme des dizaines d'autres partis et responsables politiques qui se sont, de cette façon, assurés des places ou des prébendes.

Louisa Hanoune plutôt moins que les autres : son parti, le PT, repose sur une vraie base militante et doctrinale – le trotskisme donc – et une vraie légitimité historique. Elle aussi d'ailleurs, qui est une figure constante de la vie politique algérienne depuis 30 ans.

La partie d'échec de l'armée

Il faut bien comprendre que le régime algérien – l'armée algérienne – joue en ce moment une partie d'échec serrée avec la population. Le dernier coup en date consiste à avoir déclenché une vague d'arrestations et interdit l'accès de la capitale aux manifestants.

Peine perdue : vendredi les Algériens sont des centaines de milliers à être descendus dans les rues d'Alger et d'autres villes du pays, certains ont même contournés l'interdiction en arrivant à Alger en bateau. Le tout à la veille du procès de Blida.

En fait, le message des militaires et de son chef, le général octogénaire Gaïd Sallah, est clair : Algériens, la bande à Bouteflika est en prison et va prendre cher ; rentrez chez vous et votons le 12 décembre prochain pour un nouveau président. Circulez !

C'est dans cette équation que, tous à coup, on comprend mieux l'arrestation de Mme Hanoune. Parce que Louisa Hanoune n'est pas seulement députée, elle a aussi été trois fois candidate à la présidentielle, contre Abdelaziz Bouteflika.

Les Algériens "vendredisent" encore et toujours

Disons que dans l'ambiance générale de « dégagisme », sur un malentendu, Louisa Hanoune, qui je le répète est très connue, plutôt plus légitime que beaucoup d'autres, qui se s'est pas enrichie grossièrement qui a déjà fait de la prison, est un danger.

Le retirer de la course – elle est en prison depuis le mois de mai – permet de fermer la porte à une hypothèse et surtout, d'adresser un message de fermeté à tout le personnel politique qui serait tenté de passer outre l'armée, ses intérêts, son omnipotence.

Louisa Hanoune est en prison mais parce que l'armée algérienne est faible et pusillanime et ne prend aucun risque face à ses Algériens qui , encore et toujours « vendredisent », c'est-à-dire manifestent tous les vendredis, pour leur liberté et leur avenir.

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