Le président As-Sissi veut construire des centaines de milliers de logement pour reloger le quart de la population du pays. Mais d'abord, il faut détruire bidonvilles et immeubles illégaux. Et la population résiste.

Un bidonville du Caire, Ezbet al-Nakhl
Un bidonville du Caire, Ezbet al-Nakhl © AFP / Mohamed el-Shahed

Direction les bidonvilles du Caire, parce que c'est là que se joue en ce moment même l'avenir du régime du président As-Sissi. 

Quelle est la situation ? Un quart des 100 millions d'Egyptiens vit dans des bidonvilles dont les constructions sont pour moitié illégales et souvent sans confort.

Depuis des décennies, les gouvernement successifs ont détourné le regard et les promoteurs véreux ou simplement avides en ont profité. Construire plus haut que prévu, plus grand, sur des terres appartenant à l'Etat, sans plans, est devenu un sport national.

Reloger l'Egypte

As Sissi a fait de cette bataille-là l'aune de son efficacité et de sa légitimité. Plutôt que de saupoudrer des milliards de dollars en subventions à l'essence, aux produits de première nécessité, comme depuis toujours, As-Sissi veut reloger l'Egypte.

C'est intelligent d'ailleurs : les militaires ont en main l'essentiel des entreprises de construction et l'Etat possède la terre, autant utiliser ces ressources pour construire. Une famille relogée est une famille reconnaissante et ce, pour des décennies.

Donc le gouvernement a imaginé un plan en deux temps : d'abord une loi dite de « régularisation » qui permet à des propriétaires d'appartements ou d'immeubles illégalement construits de légaliser a posteriori leur situation contre une amende.

Régulariser ou détruire

Cette loi, qui a deux ans, avait une date limite de dépôt des dossiers : le 30 septembre prochain. Le gouvernement comptait encaisser une centaine de milliards de livres égyptiennes en amendes. On en est loin.

Même si plus d'un million de propriétaires sont déposé un dossier, à peine 7 milliards de livres égyptiennes ont été encaissées par l'Etat. On comprend la réticence des Egyptiens : en Egypte, l'administration signifie problème et corruption plus que solution.

Il est donc temps, toujours du point de vue gouvernemental, de passer à la 2e phase : c'est-à-dire à la démolition d'immeubles, voire de quartiers entiers. C'est l'ordre explicite qu'a donné le maréchal As-Sissi le 20 septembre dernier.

A coups de pierre

Disons que dans toutes les régions d'Egypte, des opérations de destruction d'immeubles ont été mises en scène. Les bulldozers qui ont d'ailleurs été souvent accueillis à coup de pierre et de manifs d'habitants : ces opérations coup de poings font d'abord des SDF !

Disons aussi que, depuis 2014, 750 000 logements ont été construits et autant de familles relogées. Des centaines de fonctionnaires corrompus ont aussi été arrêtés qui monnayaient les permis de construire ou fermaient les yeux contre des bakchichs.

Mais la réalité c'est qu'en 10 ans, à Alexandrie seulement, 130 000 démolitions ont été ordonnées. 9 000 ont été exécutés. Et dès que l'administration s'affaire ailleurs, comme pendant l'actuelle épidémie de Covid19, les constructions illégales repartent de plus belle.