L'actualité est encore occupée par le courage de ces trois jeunes Américains du Thalys Amsterdam-Paris.Un courage raconté par toute la presse américaine.

Tous les quotidiens américains les ont mis en une, nos trois héros. DuNew York Times au Washington Post en passant par leLos Angeles Times ou le Houston Chronicle . Mais j'ai voulu fouiller ailleurs : dans la vraie presse locale américaine.

Je suis donc allé fouiller dansL'Abeille de Sacramento , le Sacramento Bee , qui est le quotidien de la capitale californienne, Sacramento, où vivent et étudient les trois amis. Les journalistes sont allés voir le père du jeune Anthony Sadler qui est pasteur baptiste.

Il est littéralement épuisé, ce père qui répond depuis 2h30 du matin aux journalistes du monde entier. Un peu étonné aussi d'avoir à décrire Anthony. Du coup, ça donne des phrases comme : «Oui, ses actes sont héroïques, donc mon fils est un héros ».

En fait, les journalistes se sont focalisés sur ce jeune homme et son père pour une raison évidente en ce moment aux États-Unis : le fils héroïque et son père pasteur sont noirs et les interviews se succèdent non loin de l'Église baptiste Shiloh où le père officie.

Or rappelez-vous : le 17 juillet dernier, à Charleston, neuf noirs étaient tués dans une église noire de Caroline du Nord : l'histoire américaine impeccable, le courage du jeune Anthony, la foi de son père sont comme un antidote au débat racial qui a repris là-bas.

L'histoire d'aujourd'hui est italienne et mêle mafia, justice et église catholique__

Elle occupe cette histoire la presse italienne depuis plusieurs jours. Reprenons les faits : le 21 août, les Romains éberlués ont vu passer un énorme carrosse funéraire de style gothique.

Un orchestre jouait la musique duParrain , un hélicoptère était ensuite apparu dans le ciel pour jeter des pétales de roses sur le carrosse et enfin des dizaines de pleureuses avaient été placées sur tout le parcours du cortège funéraire. Or, le mort n'était pas n'importe qui.

Le mort en question s'appelait Vittorio Casamonica et était tout bonnement l’un des pires parrains de la mafia romaine, impliqué dans des affaires de racket, de trafic de drogue et de prostitution. Le scandale était servi !

Comment les autorités italiennes ont-elles pu autoriser ce spectacle __ ? C'est évidemment la question que pose la presse italienne depuis vendredi : ce à quoi la police, la préfecture et les carabinieri répondent qu'il y a eu, je cite « un court-circuit informatif ». Une façon à peine élégante d'avouer leur totale incompétence.

Un exemple entre dix : le fils du mort, Antonio, a obtenu de se rendre personnellement aux funérailles de son père alors qu'il était assigné à domicile. Autrement dit, il a dû préciser l'endroit, l'heure et le lieu des funérailles sans que personne n'y trouve à redire.

En fait, ces funérailles somptueuses en plein jour à Rome sont une provocation. C'est une façon de dire aux autorités : Rome est à nous. C'est si vrai que dans la foule de ceux qui suivait le cercueil, certains avaient pris soin d'écrire « Vittorio, roi de Rome ».

Ces funérailles, cet hélicoptère, ces pleureuses, c'est plutôt un chant du cygne. Depuis le début de l'année, la police a saisi rien qu'à Rome plus de 700M€ de biens mafieux. Et la justice italienne prépare pour novembre un mégaprocès antimafia.

La famille Casamonica a voulu faire un bras d'honneur. Non seulement à la justice et à la police qui n'ont jamais été aussi efficaces que ces derniers mois contre la mafia en visant au portefeuille. Mais aussi un bras d'honneur à l'Église catholique.

Qu'est-ce que l'Église a à voir là-dedans? __ Rappelez-vous : quelques mois à peine après avoir été intronisé, le pape François s'en est pris à la mafia et a demandé aux prêtres du sud de l'Italie de ne pas communier les mafieux. Or ils l'ont très mal pris.

Parce que voyez-vous, la police, les juges, la prison, ce sont les risques du métier. Mais la mise au ban religieuse, ça touche leur honneur de mafieux, leur vie sociale, leur respectabilité. Et c'est insupportable !

Voilà pourquoi l'enterrement somptuaire et catholique du parrain de la mafia Casamonica était aussi fait pour humilier le Pape dans la ville dont il est le vicaire. Message reçu 5/5 : le Vatican cherchait hier encore à punir les coupables en soutane !

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