Suite à l'explosion de Beyrouth, les ports du monde entier se sont lancés dans une campagne d'inspection de leurs stocks... Et ils n'ont parfois pas aimé ce qu'ils ont trouvé.

Port de Chenmai en Inde
Port de Chenmai en Inde © Getty / Hk Rajashekar/The The India Today Group

Un des pires moments du mois d'août a été l'explosion dans le port de Beyrouth... Près de 200 morts, plus de 6 000 blessés et des quartiers entiers dévastés. Le choc de l'explosion a déclenché dans le monde entier une vague d'inspections des ports.

À commencer par le port de Dakar, au Sénégal : jeudi dernier, les autorités du port ont fait savoir que 3 050 tonnes de nitrate d'ammonium y étaient entreposées depuis 2015. L'explosion de Beyrouth, c'est 2750 tonnes du même produit.

Or le problème, c'est que le tout est à destination du Mali qui a autre chose à penser en ce moment qu'à réceptionner cette énorme cargaison. Le coup d'État militaire du 18 août a eu une conséquence fâcheuse pour cette affaire : les frontières entre les deux pays sont fermées jusqu'à plus ample informé.

Mais il y a plus grave parce que plus dangereux : 25 000 tonnes de ce nitrate d'ammonium sont stockées au port de Brega, en Libye. Or, fin juillet, des tirs de roquettes ont été échangés à proximité et, qu'en plus, d'énormes quantités de pétrole brut jouxtent ce dépôt.

Au Yémen, la presse a assuré que près de 5 000 tonnes de nitrate d'ammonium attendent une allumette dans le port d'Aden. "Faux !" ont répliqué les autorités, il s'agit de nitrate d'urée. Sauf que ce produit est tout aussi explosif que son cousin ammoniaqué, il a par exemple servi d'explosif dans les attentats de 1993 au World Trade Center à New York.

L'Europe n'est pas en reste

Il y a la Roumanie qui, en procédant à quelques vérifications, a trouvé 5 000 tonnes entreposées illégalement dans le port d'Agigea, sur la Mer noire. C'est d'autant plus inquiétant que c'est en Roumanie qu'a eu lieu le dernier accident grave en Europe : en 2004, un camion chargé de nitrate d'ammonium a explosé causant la mort de 18 personnes et en blessant 13 autres. Il y a aussi le port ukrainien de Pivdenyi  - dans la région d'Odessa – où en regardant bien, on a identifié 9 600 tonnes - trois fois les quantités libanaises - en plein air.

Le port d'Alger a aussi tout inspecté : pas de substances dangereuses trouvées mais, en regardant dans les coins, on a trouvé un énorme stock de poudre de lait et un autre de médicaments qui trainaient-là depuis plus de 10 ans !

En Inde, au port de Chennai, l'immense capitale du Tamil-Nadu et ses 7 millions d'habitants, on a déniché 800 tonnes de ce fameux nitrate d'ammonium, abandonnées depuis 2015. Inutile de dire qu'une solution a été promptement trouvé : en fin de semaine dernière, un convoi protégé par l'armée indienne a quitté le port de Chennai pour Hyderabad.  

Je ne voulais pas terminer sans une note d'espoir : les produits de 1ère nécessité, nourriture et médicaments, passaient au Liban par Beyrouth. Devant l'urgence, le port de Tripoli au nord a pris en partie la relève. Le Liban, comme souvent dans son histoire, fait preuve d'un trésor de ressources et de dynamisme.

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