Jamais le taux de participation à des élections nationales n'a été aussi bas en Iran depuis la révolution. La faute au Covid19 et à la défiance absolue des Iraniens envers le régime.

Un homme s'enregistre pour voter dans le cadre des élections qui ont lieu en Iran ce week-end du 20 et 21 février 2020
Un homme s'enregistre pour voter dans le cadre des élections qui ont lieu en Iran ce week-end du 20 et 21 février 2020 © AFP / ATTA KENARE

On part en Iran ce matin, où vendredi ont eu lieu des législatives remportées haut-la-main par les conservateurs. Mais, pour vous dire, ce n'est pas le plus important. Ce qu'il fallait regarder ce week-end, c'est le taux de participation à ces élections : 42% des électeurs iraniens ont voté, 25% dans la capitale Téhéran.

C'est simple, c'est – au niveau national, 20 points de moins que lors des précédentes législatives de 2016. Jamais on avait si peu voté en Iran depuis 1979, c'est-à-dire depuis la Révolution. La question est donc plutôt : pourquoi le chiffre de la participation est si essentiel en Iran ?

Parce que, dans un pays où en amont des élections, pas mal de candidats de l'opposition ou réformateurs ont été écartés par une commission électorale proche du Guide suprême, la participation est l'indicateur que les autorités iraniennes regardent avec attention pour mesurer l'adhésion de la population au régime. Autrement dit, plus le taux de participation est élevé, quelque soit le résultat par ailleurs, plus le régime se sent conforté.

Le Guide suprême a tout fait pour mobiliser les électeurs

Mal, très mal même. Avant les élections, le Guide suprême Ali Khameneï a d'abord expliqué que voter était un "devoir religieux", histoire de faire monter les enchères. D'autant qu'il espérait capitaliser sur la mort de Qasem Soleimani – le très populaire général tué par une attaque américaine le 3 janvier – pour provoquer un sursaut nationaliste.

Après l'élection, c'est-à-dire ce week-end et devant la déroute, il a accusé... le coronavirus et, je cite, "la propagande négative" autour du Covid19, fomentée "par les ennemis de l'Iran". Un grand classique iranien : les complots du Grand Satan américain et de ses diablotins occidentaux et saoudiens, emballés dans une réalité inédite.

Ce qui est vrai dans cette affaire, c'est que Téhéran se retrouve dans l’œil de l'ouragan de cette épidémie mondiale. Pour vous donner une idée du problème, il suffit de savoir qu'avec 8 décès, l'Iran est le pays qui compte le plus de victimes en dehors de la Chine.

Coronavirus et méfiance des Iraniens : le cocktail de la démobilisation

C'est d'ailleurs une bonne occasion de comprendre l'état d'esprit des Iraniens en ce moment. Un virus à lui tout seul, même aussi inquiétant que le Covid19, ne suffit pas à expliquer 20 points de moins de taux de participation à une élection importante.

Pour l'expliquer, il faut ajouter un élément au puzzle. Et cet élément, c'est la méfiance radicale des Iraniens vis-à-vis du régime. Comprenez-les : en quelques jours à peine, l'Iran est passé de rien à 8 morts et 43 personnes infectées.

Ce que se disent les Iraniens, c'est que le régime ment, qu'il leur cache la gravité de la situation. Ou pire encore, que le régime est totalement pris de court. La méfiance habituelle des Iraniens s'est, avec ce coronavirus, transformé en défiance absolue.

L'Iran isolé au pire moment pour son économie et sa population

Exactement, et même si le système de santé iranien est beaucoup plus solide et développé dans beaucoup de pays de la région, c'est la défiance et le repli sur soi – bien compréhensible – qui l'a emporté. Mais le vrai cauchemar est à venir.

L'Iran est en crise économique. Elle subit de plein fouet des sanctions américaines qui prive Téhéran de sa principale ressource : le pétrole. Or, les seuls pays qui ont encore des relations économiques suivies avec l'Iran sont, dans l'ordre.

La Chine, qui a ralenti toutes ses relations commerciales, la Turquie et le Pakistan, qui viennent de fermer leurs frontières avec l'Iran, pour contenir l'épidémie. L'Iran est donc coupé du monde au pire moment pour son économie et donc, sa population. C'est tout cela qu'il fallait lire dans ce taux de participation catastrophique et on comprend que le régime soit inquiet. Très inquiet même.

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