Dans sa volonté de redonner des couleurs à l'identité hindouiste de l'Inde, le gouvernement veut promouvoir la sacralisé du zébu indien. Y compris au travers d'un examen national.

En Inde, un examen facultatif testera les connaissances des élèves en ... zébu
En Inde, un examen facultatif testera les connaissances des élèves en ... zébu © Getty / Mike Powles

Histoires du monde 24-02

Un curriculum long comme un jour sans foin – pardon, sans pain - et surtout, un examen national appelé « Gau Vigyan », ou « Science de la vache », qui devait avoir lieu demain et où les connaissances bovines des jeunes lycéens Indiens devaient être testées.

Cet examen, facultatif mais encouragé par le gouvernement de Narendra Modi, a été minutieusement préparé par la Commission nationale de la vache. Une commission fondée en 2019 et composée de scientifiques et d’experts bovins de premier plan !

L’idée, telle que décrite par la Commission, est de « faire respecter et connaitre les lois sur l’interdiction de l’abattage des vaches [dans certains États de l’Union indienne] et celles sur la maltraitance bovine » et promouvoir l’excellence de la vache indienne.

L'indienne vive, l'européenne paresseuse 

Parce qu’il a été annulé en catastrophe ! Des journalistes se sont penchés sur le manuel élaboré par notre Commission vachère qui devait servir de base au fameux test. Ce qu’ils ont trouvé est… comment dire… vachement troublant :

On y affirme, par exemple, que le zébu à bosse, la race indienne, est plus sensible, voire émotif, à l’égard des humains, que la bête vache européenne. Il y est aussi expliqué que l’indienne est alerte et forte. Alors que les nôtres sont mollement paresseuses.

Par ailleurs la bosse de zébu à un super pouvoir : celui d’accumuler la vitamine D du soleil et de la restituer à son lait. Un lait dans lequel on trouve des paillettes d’or, d’où sa couleur légèrement dorée.  Enfin, il a l’incroyable bouse de zébu…

Une bouse a nulle autre pareille

Ah, la bouse de zébu ! Selon ce manuel elle sert de protection contre des radiations nucléaires en Inde, comme en Russie ! Elle a aussi protégé les victimes de la pire catastrophe industrielle du pays, celle de Bhopal en 1984, des émissions mortelles de gaz.

Elle peut avantageusement et écologiquement remplacer l’enduit extérieur des maisons si cher à importer et à produire. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs, mais c’est tout le problème : mêler quelques vérités à des affirmations qui relèvent de la superstition.

Je vous rassure : en Inde, comme ailleurs, le ridicule a fini par tuer cet examen. Mais le problème reste entier : qu’a voulu montrer le gouvernement avec sa Commission nationale ? Que l’Inde est avant tout une nation hindouiste où les vaches sont sacrées.

Un animal vachement dangereux

Il l’est devenu dans la douleur, après la partition du pays en 1947 qui a fait un million de morts musulmans et hindouistes et déplacé 15 millions de personnes. Depuis, l’Inde s’interdit constitutionnellement de prendre position entre les différentes religions du pays.

Jusqu’à l’arrivée au pouvoir en 2014 de Narendra Modi et de son parti nationalisto-hindouiste le BJP. Il a fait du bien-être des vaches indiennes un symbole de son hindouisme militant, contre la minorité mangeuse de vache : les 200 millions d’Indiens musulmans.

Des familles entières de musulmans indiens ont été lynchées pour avoir été soupçonnés de manger ou d’avoir abattu une vache ! Le tout alors même que l’Inde devenait et est aujourd’hui… vous n’allez pas y croire… le 1er exportateur mondial de viande bovine !

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