Le général Al-Sissi veut entièrement repeindre les immeubles du Caire et de l'ensemble de l'Egypte. Tocade ? Non ! Contrôle social bien compris ?

Le Caire, Egypte
Le Caire, Egypte © Getty / Frédéric Soltan/Corbis

On part en Egypte ce matin où le président a décidé de repeindre tout le pays. C'est peut-être pour accueillir dignement son homologue français qui sera en Egypte à compter de dimanche prochain pour 2 jours. Mais l'idée est bien celle-là : repeindre entièrement les ashwiyyet, ces quartiers informels des grandes villes égyptiennes. 

Le décret présidentiel est paru il y a quelques jours et il est comminatoire : tous les immeubles du pays devront être repeints dans une nuances de beige – couleur « poussière » exactement – pour l'intérieur du pays, bleu pour les villes côtières.

L'idée c'est d'en finir avec ce côté bigarré qui caractérise les villes et surtout les banlieues égyptiennes et notamment, ces immeubles de briques crues – c'est-à-dire ocre rouge – qui, selon le 1er ministre, n'ont rien de « civilisé ».

Dix millions d'immeubles à repeindre !

On peut le dire : l'Egypte, c'est près de 100 millions d'habitants. Or, on estime que la moitié d'entre eux vit dans ces ashwiyyet et ces fameux immeubles de briques nues. On parle d'un dizaine de millions d'immeubles à repeindre dans tout le pays.

Et le plus vite possible encore ! Les contrevenants qui n'auront pas été chercher les nuanciers auprès des autorités et commencé les travaux dans les délais les plus brefs seront lourdement punis : contraventions et même prison à la clé !

Mais cette passion coloriste du maréchal – président Abdel Fatah Al-Sissi, n'est pas une tocade, c'est au contraire très calculé. C'est un avertissement sans frais du pouvoir qui dit au peuple égyptien : nous contrôlons tout, jusqu'à la couleur de vos immeubles.

La géographie révolutionnaire du Caire

Exactement ! Un immeuble rebelle sera non pas marqué au fer rouge mais à la couleur brique ! C'est un cas typique de contrôle social. On connait ça dans toutes les dictatures : les comités de quartier à Cuba, les concierges de quartier franquistes.

Et donc, les couleurs d'immeubles cairotes ou alexandrins. Dans le cas de l'Egypte, c'est même évident : la révolte de 2011 qui a renversé l'ancien président Moubarak venait de ces quartiers populaires. Ces immeubles rouges briques sont la couleur de la rébellion.

Tout au  Caire populaire rappelle les soulèvements, les manifs ou les incendies de commissariats : la place Tahrir, le Musée Egyptien, le quartier copte Maspero ou encore la place Rabaa al-Adaweya où des milliers de manifestants ont été arrêtés en 2013.

Changer le peuple et sa capitale !

En commençant par déplacer la capitale à une cinquantaine de kilomètres du Caire. Officiellement, la ville est congestionnée, polluée et déliquescente. Mais l'idée, c'est bien de dépenser 45 milliards de dollars pour s'éloigner des Caïrotes, trop remuants.

Il y a un détail qui ne trompe pas : en même temps que ce décret sur la couleur des immeubles, les autorités égyptiennes ont réduit à rien les subventions à des produits de 1ère nécessité : des mesures impopulaires accompagnées d'un avertissement sans frais !

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