Pour contourner l'interdiction de manifester son opposition au référendum du 1er avril, des militants russes ont eu une idée : faire des manifs de poupées avec mini-banderoles à la clé ! Fureur du Kremlin

Manifestation de jouets en Russie
Manifestation de jouets en Russie © Sonya Ulyasheva / The Moscow Times

Direction la Russie ce matin, pour des manifs... de jouets : des bonshommes Lego, des cadeaux Kinder, des Barbies, des Kens et quelques Polly Pockets brandissant des mini-banderoles hostiles au régime ont fleuri dans tout Saint-Pétersbourg sur des trottoirs, posés sur les lampadaires, au bord des fenêtres !

On pouvait lire : "Le marionnettiste doit sortir du jeu". Ou encore : "Poutine, t'es foutu, les joujoux sont dans la rue". Ou enfin : "Ce plébiscite, c'est pas du jeu". Les photos de ces manifestants trop choux ont été aussitôt postées sur les réseaux sociaux.

Vous l'avez compris, la Révolution de plastique, c'est du sérieux puisqu'ils s'en prennent au référendum auquel Vladimir Poutine convie les Russes pour le 1er juillet et qui permettra au maître du Kremlin de rester au pouvoir jusqu'en 2036, il aura alors 84 ans.

Arrêter G.I. Joe ou Barbie

Toute manifestation à ce projet de Référendum constitutionnel est interdite... aux humains. Conclusion, les militants de Vesna, un groupe d'opposition qui, visiblement, ne manque ni d'humour, ni de créativité, a décidé d'organiser ces manifs de jouets.

Difficile d'arrêter Barbie ou GI Joe. De plus, le message est limpide : dans une Russie où les citoyens sont traités – au mieux - comme des enfants, les joujoux sont rois. Au royaume de l'absurde, les militants de Vesna ont répondu par plus absurde encore.

Enfin, c'est ce qu'ils croyaient ! Parce que en matière de grotesque, les autorités russes n'ont pas de leçons à recevoir : la porte-parole de Vesna a reçu le 21 juin la visite de policiers. Figurez-vous que le procureur de Saint Petersbourg a ouvert une enquête !

Des jouets hors-la-loi : ils ne sont même pas Russes !

Enquêter sur des manifs de poupées et de licornes en plastique, ça laisse rêveur. D'autant que ce n'est pas la première fois que ça arrive ! Des manifs de figurines ont déjà eu lieu en Russie : c'était en 2012 à Barnaul, une ville de Sibérie.

A l'époque, il s'agissait de protester contre la ré-ré-réélection de Vladimir Poutine. Des militants locaux avaient intitulé ces rassemblements de jouets des "nano-meetings". Mais les autorités avaient là-aussi poussé le ridicule encore plus loin !  

Le maire de Barnaul avait interdit ces micro-manifs, d'abord parce qu'elles n'avaient pas été dûment autorisées et ensuite, en expliquant que les jouets rebelles n'étaient même pas de nationalité russe : la quasi-totalité étant fabriqué à l'étranger. Donc niet !

La crise s'approfondit en Russie

Ce serait presque drôle si la situation n'était aussi difficile pour la Russie : un cours du pétrole et du gaz trop bas pour alimenter un budget d'Etat qui en dépend pour un tiers ; une monnaie anémiée depuis des années ; des sanctions économiques qui pèsent lourd.

Et depuis plusieurs mois maintenant, la pandémie de Covid-19 qui touche la Russie très violemment. La Russie est le troisième pays au monde en nombre de cas et l'on sait que le nombre de victimes, un peu plus de 8 300, est très largement sous-évalué.

Ça se traduit dans les sondages russes : jamais la côte de popularité de Vladimir Poutine n'avait été aussi basse depuis 14 ans. L'interdiction de manifester est, certes, justifiée médicalement, mais elle traduit surtout, de mon point de vue, l'insécurité du régime.

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