Que se passe-t-il en Asie entre les Etats-Unis, la Chine et la Corée du Nord ?

On va essayer d'être didactique pour séparer ce qui relève de la vague et de l'écume. Mais vous avez raison de lier les trois : la Chine, les Etats-Unis et la Corée du Nord forment un trio infernal qui ne s'analyse pas les uns sans les autres.

D'abord, la Corée du Nord. On voit aujourd'hui avec l'annulation par Donald Trump de son sommet du 12 juin prochain avec Kim Jong Un qui l'habileté diplomatique nord-coréenne à ses limites. Que voulaient obtenir les Nord-Coréens ?

Ils voulaient négocier avec chacune des puissances concernées - Chine, Etats-Unis, Corée du Sud – séparément. Depuis le grand-père de Kim Jong Un, les Nord-Coréens ont toujours joué les uns contre les autres. Ça a bien failli marcher une fois de plus : 

Kim Jong Un s'est rendu deux fois à Pékin pour des discussions exclusives et, en menaçant la semaine dernière d'annuler le sommet, Pyongyang avait réussi a semer la zizanie entre le seul front uni : celui formé par Séoul et Washington.

Ils ont joué et ils ont perdu ?

Oui, parce que la réalité, c'est que les Nord Coréens ne sont pas grand chose dans les équilibres régionaux. La Corée du Sud est tellement plus riche qu'eux et surtout les connait si bien qu'elle est de plus en plus réticente à signer d'énormes chèques en blanc.

Mais surtout, le monde a changé depuis le grand-père de Kim Yong Un : la Chine est redevenue une puissance économique de 1er plan et son armée n'est plus un tigre de papier. Elle ne voit plus du tout la présence militaire américaine de la même façon.

Les Etats-Unis sont en Corée du Sud et au Japon ? Parfait : l'armée rouge prend position en mer de Chine du Sud et bientôt dans le Pacifique. Le Chine joue au go, c'est-à-dire à l'encerclement de l'adversaire. Or le go est un jeu à deux adversaires, pas à trois.

Exit l'ombrageuse Corée du Nord. De plus, la Chine vient de signer avec les Etats-Unis une sorte de paix commerciale armée. C'est la seule chose qui compte vraiment aux yeux des Chinois dont l'économie ralentit depuis plusieurs années.

Mais Donald Trump, il le voulait son sommet de Singapour...

Presque trop ! Il s'est fait piéger par son propre enthousiasme. Lui qui prétend être un négociateur hors-pair a commis une faute de débutant. Lorsque vous voulez acheter une maison ou un appartement, il y a quelques règles de négos de base :

D'abord, vous ne dites pas en entrant, même si c'est vrai : c'est la maison qu'il me faut, je la veux ! Nous finassez ! Et deuxièmement, vous n'annoncez pas l'argent dont vous disposez ! Sinon, le vendeur a toutes les cartes en main !

En disant qu'il voulait rencontrer au plus vite Kim Jong Un et en expliquant qu'il voulait signer un accord de paix, il a abattu toutes ses cartes. Devant la mauvaise foi des Nord-Coréens il ne restait donc plus qu'une chose à faire : annuler ou être ridicule.

On peut aussi imaginer une sorte d'entente entre Corée du Nord et Chine !

Il y a aussi cette possibilité. La Chine n'a rien à gagner à une paix immédiate dans la péninsule nord-coréenne et en plus, elle n'a aucune confiance en Donald Trump qui dit tout et son contraire : pour elle le statu quo est encore la solution la meilleure.

C'est peut-être ce que Pékin a bien pris le temps d'expliquer au régime de Pyongyang : sans nous, vous n'êtes rien et les Américains ne nous font plus peur. De plus, les Sud-Coréens et les Japonais sont moins amènes que prévu. Donc brisons-là !

D'un côté vous avez donc pleins d'hypothèses diplomatiques chinoises. De l'autre vous avez Washington gros Jean comme devant. Et ça suffit au bonheur de la Chine qui veut faire depuis toujours faire la démonstration de la pusillanimité étasunienne.

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