La vidéo d'un jeune champion de taekwondo en partance pour la clandestinité et jetant à la mer sa médaille de champion du Maroc a fait le tour du web. Pourtant, il n'est pas le premier athlète à fuir le pays.

Anouar Boukharsa, champion marocain de taekwondo jetant sa médaille à la mer
Anouar Boukharsa, champion marocain de taekwondo jetant sa médaille à la mer © Capture d'écran : https://www.youtube.com/watch?v=2o4_fHvNQbg

On part au Maroc ce matin, où une vidéo fait le tour des réseaux sociaux. Elle dure à peine 7 secondes cette vidéo et elle a été visiblement prise avec un portable. On y voit deux jeunes hommes dans une barcasse en pleine mer. Visiblement il ne sont pas seul sur ce bateau mais l'un d'entre eux fait un geste très fort et symbolique.

Il saisit en souriant une médaille, de celle que l'on gagne à être sportif. Il la montre à l'objectif cette médaille frappée du drapeau marocain et il la jette ostensiblement à la mer. Puis il sourit et fait le « V » de la victoire. Or ce jeune homme est très connu, au moins dans le milieu du Taekwondo : il s'agit d'Anouar Boukharsa et la médaille, c'est celle de champion de la Coupe du Trône, dans la catégorie des moins de 63kg. Sur cette vidéo, on l'entend d'ailleurs dire : « cette médaille n'a plus aucune valeur ».

Le "hrig" de toute une génération

Exactement : Anouar Boukharsa est nouveau cas de « hrig », le mot consacré au Maroc pour parler de ces fuites clandestines vers l'Europe. Des dizaines de milliers de jeunes tentent l'aventure – très dangereuse – tous les ans. Et le phénomène a pris de l'ampleur.

Côté marocain, les autorités parlent de 65 000 tentatives avortées par leurs soins ; côté espagnol, ce sont 38 000 arrivées en esquifs – les « pateras » - qui ont été enregistrées. Il s'agit des chiffres de 2018. Donc rien de nouveau a priori.

Même le fait de se filmer en pleine mer ou à l'arrivée n'a rien de nouveau. C'est même devenu une sorte de « mode » parmi les candidats à l'exil : ils se filment pour donner des nouvelles d'eux, pour rassurer leurs familles et postent le tout sur les réseaux sociaux.

Des sportifs qui faussent compagnie à leur équipe ou entraîneurs

Exactement, mais aussi le fait que les cas se multiplient ces derniers temps : début septembre, c'est un jeune joueur de foot, Ali Hanana, capitaine des espoirs de l'Olympique de Safi, qui a préféré prendre la mer.  

Toujours en septembre, en Grèce cette fois-ci, deux joueurs de l'équipe nationale marocaine de handball, le gardien Derb Sultan et Ismaïl el Alami, ont attendu la fin des Jeux méditerranéens de plage pour s'éclipser.

En avril, c'est Hicham Boulassal, 16 ans, vice-champion du monde « junior » 2017 de pétanque, qui a profité d'une compétition en Belgique pour disparaître. En mai, 2 boxeurs ont profité d'un tournoi en Pologne pour faire la belle et rejoindre l'Allemagne.  

Au moins une victime parmi ces sportifs

On en connait au moins une : en novembre 2018, Ayoub Mabrouk, 21 ans et triple champion du Maroc de boxe. Il a perdu la vie en tentant de rejoindre l'Espagne clandestinement. Son embarcation a chaviré au large.

Sportifs ou non, tous ces jeunes parlent de misère au Maroc, de leurs espoirs déçus, d'une vie qu'ils espèrent meilleure ailleurs. Alors, en jetant sa médaille de champion de taekwando à la mer avec défi et amertume, Anouar Boukharsa les venge tous un peu.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.