Rome et Pékin viennent de signer un accord historique qui semble résoudre un problème vieux comme la République populaire : qui doit nommer les évêques ? Le Pape ou les autorités chinoises ? Avec, à terme, la reconnaissance de Pékin en cerise sur le gâteau.

Les relations entre Rome et Pékin ont été rompues en 1951, il y a presque 70 ans, presque depuis la naissance de la République populaire de Chine en 1949. Au cœur du problème : le refus de Mao se voir des dignitaires religieux nommés par une puissance étrangère.

L'accord de vendredi dernier prévoit donc que les évêques catholiques seront nommés par Pékin puis adoubés par le Vatican. C'est une énorme concession vaticane, mais une concession que l'Eglise a déjà effectué dans l'Histoire : avec Napoléon notamment.

Si cet accord est suivi d'un Concordat en bonne et due forme, cela signifie la fin d'une situation ubuesque : en Chine, il y a deux Eglises catholiques, l'une officielle, approuvée par le Parti communiste chinois et l'autre officieuse, contrôlée par le Vatican.

Deux églises catholiques qui cohabitent en un seul pays

Très difficilement, évidemment. Lorsque le pape nommait un nouvel évêque ou créait un cardinal – il sont une centaine pour toute la Chine et le 10 millions de Chinois catholiques – il le faisait, selon la formule consacrée « in pectore ».

Littéralement, « dans son cœur », ce qui signifie en secret. De l'autre côté, certains des évêques officiels pouvaient, par exemple, être si compromis avec le régime de Pékin qui l'un d'entre eux a été député au Parlement chinois. C'était intenable.

Mais le 2ème conséquence de cet accord – qui je le rappelle n'est que provisoire – est d'ordre diplomatique. J'en avais déjà parlé ici, mais le Vatican est le dernier Etat européen à ne pas reconnaître la Chine populaire. Rome ne reconnaît que Taïwan.

Le Vatican va-t-il reconnaître Pékin au terme de cet accord

Chat vatican échaudé craint l'eau froide ! Dans les années 2000, un 1er accord avait été signé qui n'avait pas abouti. La reconnaissance de la Chine populaire par le Vatican ce sera la cerise sur la pièce montée. Encore faut-il la monter !

Mais au fond, que gagne la Vatican ? D'abord, c'est une victoire personnelle du pape François, le Jésuite. Or les Jésuites ont évangélisé les premiers la Chine, il y a 400 ans. Ensuite, les Catholiques voudraient relancer la machine à convertir qui s'est grippée.

Parce que 70 ans de chicayas  ont laissé le champ libre à la concurrence protestante. Résultat : en moins d'un siècle, les Protestants ont plié le match : ils sont 40 millions en Chine, c'est à dire 4 fois plus que les Catholiques. Il était temps de revenir aux affaires.

Les Evangéliques gagnent des part de marché religieux partout dans le monde

Encore que... Le pape François est un pape argentin. Or de son vivant, il aura vu sur sa terre natale les protestants évangéliques passer de quantité négligeable à près 12% des fidèles : environ 5 millions d'Argentins sont aujourd'hui des Evangéliques.

Partout en Amérique latine, le phénomène est le même : au Brésil, par exemple, les Evangéliques sont plus de 20% de la population. Et ce en quelques décennies. Même chose en Afrique et notamment au Nigéria. Or l'Afrique est l'avenir du Catholicisme.

En clair, la Chine vaut bien une messe partagée avec les Communistes ! D'autant que ça arrange aussi Pékin. Il est plus facile de négocier avec un seul pape qu'avec des centaines de pasteurs d'obédiences diverses, ce qui un des principes du protestantisme.

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