Le scandale est énorme en Allemagne : le plus prestigieux hebdo allemand employait un journaliste marron. Et pas n'importe lequel : SON journaliste vedette, Claas Relotius, plusieurs fois primé. Avec une chute shakespearienne.

"Ce qu'il en est" : retour sur une affaire problématique pour Der Spiegel
"Ce qu'il en est" : retour sur une affaire problématique pour Der Spiegel © Getty / Thomas Lohnes

Elle est proprement stupéfiante cette affaire et surtout, elle tient en haleine notre voisin depuis plus d'une semaine maintenant ! D'abord, dans le rôle de la victime, on trouve le plus prestigieux des hebdomadaire allemand : Der Spiegel, rien de moins.

Près de 700 000 exemplaires vendus toutes les semaine, 70 ans d'âge et une devise qui claque comme un couperet : « Dire ce qui est ». Une institution de la presse allemande, un exemple de sérieux et même 60 journalistes qui sont employés à traquer l'infox.

Et du côté du bourreau, Claas Relotius, 33 ans, journaliste vedette de l'hebdo, plusieurs titres prestigieux à son actif, dont celui du meilleur journaliste de l'année 2014 de CNN, beau gosse, un talent d'écriture insolent, sauf... qu'il a tout pipoté... ou presque.

Un de ses confrères le dénonce après enquête...

Mais c'est du Shakespeare cette affaire ! Un obscur collègue de 46 ans avec un nom de joueur de castagnettes andalou, Juan Moreno, mais allemand par ailleurs, part avec le blond et prestigieux reporter, en enquête à la frontière mexicaine.

Au premier, la caravane de migrants qui se dirige vers les Etats-Unis. Au second, l'Amérique de Trump qui attend ces migrants. Lorsque les deux rendent leur papier et les unissent, on note illico la différence : d'un côté, le labeur, de l'autre le talent.

Sauf de Juan Morano, le tâcheron laborieux du journalisme se dit : c'est trop beau pour être vrai. Trop de détails, des personnages trop pittoresques, des mots qui claquent comme au théâtre. Alors lui tout seul refait l'enquête côté américain. A ses frais !

Le pot-aux-roses !

Non seulement le fringant et si séduisant Relotius a inventé les interviews, mais il a carrément inventé les personnages, les situations. Il a décrit une Amérique frontalière pro-Trump jusqu'au délire et assoiffée de sang de migrants !

J'exagère à peine. Il a fallu aux rédacteurs en chef du Spiegel plusieurs jours pour y croire, tellement le scandale est énorme. Parce qu'on doit à ce journaliste quelque chose comme une soixantaine d'articles fleuves depuis 2011.

Seulement voilà, convoqué pour s'expliquer, Relotius a avoué : il a bien tout pipé ! Trop de pression, alors plutôt que d'échouer et d'abîmer son talent – réel – d'écriture avec des interviews ratées ou des descriptions trop plates, il a inventé la vie qui allait avec !

Les conséquences sont dramatiques pour le Spiegel...

Un numéro entier dédié à l'affaire, avec ce titre en une : « Sagen was ist » qu'on pourrait traduire par « Voilà ce qu'il en est ». Une variation ironique sur sa fameuse devise, aujourd'hui perçue comme un poil arrogante. Des excuses publiques, privées, et surtout une plainte.

Une plainte en justice parce qu'en refaisant les enquêtes, ils se sont même rendus compte que le jeune homme si blond, si gendre allemand idéal, était probablement aussi un escroc qui a monté une opération d'aide à deux jeunes migrants syriens.

Sauf que l'un des deux adolescents avait été inventé pour les besoins d'un article et que les sommes récoltées ont fini sur son compte bancaire. Une dernière chose : si l'Allemagne est si scandalisée, c'est parce que ce n'est pas la 1ère fois que ça arrive.

Rappelez-vous des carnets intimes d'Hitler achetés à grands frais par un autre magazine allemand, le Stern, en 1983,  pour l'équivalent de 4 millions d'euros à l'époque, une fortune. Publié en épisode jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'ils étaient faux. Le Stern ne s'est jamais vraiment remis de ce ridicule là et le Spiegel craint d'être lui aussi de subir le même sort ! Enfin, un dernier mot : Spiegel en Allemand veut dire... Miroir.

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