Que faire de Vladimir Poutine après 2024 et la fin de son mandat ? Modifier la constitution pour lui trouver un rôle et affaiblir la concurrence. Revue de détail.

Vladimir Poutine : quel avenir après son mandat ?
Vladimir Poutine : quel avenir après son mandat ? © Getty / Mikhail Tereshchenko

On part en Russie ce matin, où l'on réfléchit à l'avenir de Vladimir Poutine. C'est surtout Vladimir et son clan qui réfléchissent et la Douma, le parlement russe qui acquiesce : fin janvier, il a à peine fallu deux heures de débat pour approuver l'idée de réformer la Constitution du pays. Et sous les applaudissements encore.

Quel est le problème ? Eh bien, Vladimir se fait vieux. Il a 67 ans, il en est à son quatrième mandat de président et il n'a pas du tout envie de finir confit dans l'alcool et le ridicule, comme son prédécesseur Boris Eltsine, ou malade et momifié comme Leonid Brejnev.

Je parle de lui pour une bonne raison : il a dirigé l'Union soviétique lorsque Vladimir Poutine était encore un jeune homme et parce que l'actuel dirigeant du Kremlin a battu l'année dernière les 18 longues et pénibles années de pouvoir du dignitaire communiste.

Ni président, ni Premier ministre

Il aura 71 ans et ne veut plus ni être président, ni re-devenir Premier ministre, comme entre 2008 et 2012. Il a détesté ça, même s'il avait pris soin de transférer l'essentiel du pouvoir entre ses mains, et confié la présidence à son chien fidèle, Dmitri Medvedev.

Donc comment faire ? 

D'abord, affaiblir le premier ministre, en confiant sa nomination ainsi que celle des ministres non plus au président mais au Parlement. Donc, dans le même geste, on affaiblit la présidence.

Ensuite, on met en concurrence l'actuel Premier Ministre, M. Mishustin, et Dmitri Medvedev qui, pour le moment, attend son heure dans un poste honorifique. Les deux hommes ont le même âge, autour de 55 ans, sont des créatures de Poutine et ont de l'ambition.

Mais ça ne règle pas le sort futur de Vladimir Poutine lui-même, il faut donc faire preuve de créativité. Or, le maître du Kremlin a, dans son entourage immédiat, un exemple parfait : Nursultan Nazarbaïev, ex-président du Kazakhstan. En 2019, à la surprise générale, ce vieil autocrate a laissé le pouvoir... Evidemment, en désignant son successeur, mais surtout, en se nommant lui-même à la tête d'un Conseil de sécurité auquel la réalité du pouvoir a été transféré. C'est un modèle d'autant plus séduisant pour Poutine qu'il est copié sur une tradition soviétique.

Eh oui, ce Conseil de sécurité kazakh, et donc à terme russe, c'estla copie conforme du Politburo qui était l'instance collective décisionnelle suprême à la grande (et petite) époque de l'Union soviétique. On fait du nouveau avec du vieux, en somme.

Les Russes, grands oubliés de cette révision constitutionnelle

Quant aux Russes, on fait comme s'ils avaient leur mot à dire : on crée un panel de 75 artistes, sportifs, politiques, juristes, médecins et hommes d'affaires et on leur demande d'avoir des idées constitutionnelles. Et c'est partie pour le concours Lépine de l'amendement, avec :

  • ceux qui veulent que la beauté de la langue russe soit dans le texte fondamental, 
  • ceux qui veulent y mettre Dieu, 
  • ceux qui rêvent d'y inscrire que la famille c'est un père et une mère 
  • ceux qui verraient bien l'arsenal nucléaire russe inscrit dans le marbre.
  • ...

En tous, 700 amendements dont tout le monde parle et qui cachent l'essentiel, c'est-à-dire « Poutine for ever ». C'est si vrai que le seul amendement qui compte est presque passé inaperçu : celui qui accorderait l'immunité totale à tous les anciens présidents.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.