Des émeutes carcérales ont fait au bas mot 79 morts en Equateur. Un bilan épouvantable qui souligne la persistance d'une économie criminelle dans cette sous-région rongée par le trafic.

L'Equateur distribue la drogue
L'Equateur distribue la drogue © Getty / Lucas Ninno

On part en Équateur, où les émeutes en prison ont fait des dizaines de morts. On parle d’un bilan provisoire de 79 victimes dans trois prisons du pays qui, à elles-seules, concentrent les deux-tiers des 40 000 prisonniers équatoriens. Des victimes parfois décapitées ou démembrées sur place.

Un déchainement de violences attribué à des règlements de compte à grande échelle entre bandes rivales. C’est là que la caricature rejoint la réalité. A lire le nom de ces gangs, leurs motivations, leurs méthodes, on se croirait presque dans un film de série B !

Ces bandes ont pour noms Los Pipos, Los Lobos, Los Choneros… et quelques autres du même genre. Toutes sont liées au narcotrafic de cocaïne. L’étincelle de cette guerre des gangs est l’assassinat fin décembre d’un des principaux boss Rasquiña.

L’Équateur ne produit pas de cocaïne... elle la distribue !

La coca est produite dans trois autres pays andins : en ordre d’importance, Colombie, Pérou, Bolivie. L’Équateur, pour sa part, ne représente même pas 1% de la production totale. Sa spécialité est ailleurs : celle de plateforme logistique

  • Et ce pour plusieurs bonnes raisons. Dans ce trafic international, il faut des zones de production et des zones d’évacuation de la marchandise. Or l’Équateur a des longues frontières avec le Pérou et la Colombie et une belle façade maritime.
  • La 2ème raison est héritée des crises monétaires des années 80 : l’Équateur a abandonné sa monnaie pour le dollar américain. Très pratique lorsqu’on doit monétiser la drogue. En clair, l’Équateur est l’autoroute et le bureau de change du trafic régional de cocaïne.

Narcotrafiquants, gangs, cocaïne… rien ne change dans cette région…

La pandémie de Covid19, selon les experts, a désorganisé la production, mais aussi la distribution et la vente de cocaïne. Il se trouve que les pays producteurs ont aussi été ceux qui ont été les plus touchés par la pandémie.

Les confinements, les frontières, les ports et les aéroports fermés mais aussi, tout bêtement pénurie d’essence, nécessaire au transport de la marchandise d’un pays à l’autre. La conséquence c’est : beaucoup de stock, peu de vente et donc effondrement des prix.

Si vous ajoutez à cela le fait que les consommateurs étasuniens ou européens, à l’autre bout de la chaîne, n’ont plus autant d’argent à dépenser, vous obtenez des gangs sud-américains désœuvrés et désargentés qui se battent pour les restes.

Un bilan effrayant mais pas inhabituel

Ce n’est pas la 1ère fois que ces émeutes carcérales font des dizaines de victimes en Équateur. En 2019 et 2020, l’armée équatorienne a déjà dû intervenir plusieurs fois pour ramener le calme dans les prisons du pays.

L’année dernière, des émeutes dans ces prisons ont fait une centaine de victimes. Les prisons équatoriennes sont en fait « gérées » par ces narcotrafiquants qui n’hésitent pas à y régler leurs comptes : Unité de lieu, de temps, de drame… ou plutôt de meurtres…

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