Le Virginie devrait être le 23e Etat américain à abolir la peine de mort. Et c'est très important ! Récit.

Chaise électrique (ici vue depuis la salle des témoins) d'un centre correctionnel (Ohio, 2001)
Chaise électrique (ici vue depuis la salle des témoins) d'un centre correctionnel (Ohio, 2001) © AFP / MIKE SIMONS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Direction la Virginie ce matin, qui pourrait rapidement abolir la peine de mort… Elle deviendrait donc le 23e État américain à abolir la peine capitale. Le dernier étant le Colorado l’année dernière. Rien n’est encore fait mais pour la première fois de l’Histoire de cet État sécessionniste et ségrégationniste, une loi d’abolition a de vraies chances.

Les Démocrates contrôlent en effet toutes les institutions de l’Etat : Sénat, chambre des représentants et le gouverneur, lui-aussi démocrate, a déjà expliqué qu’il la ratifierait. C’est stupéfiant lorsqu’on sait qu’il y 5 ans, la Virginie se demandait si elle n’allait pas ressortir des poubelles de l’histoire la chaise électrique.

L'importance de la Virginie

La première raison est symbolique. La Virginie, c’est l’État qui a donné le plus de présidents aux États-Unis. Et pas des moindres ! Sur les cinq premiers présidents américains, quatre en étaient originaires, dont George Washington et Thomas Jefferson.

Ensuite, en abolissant la peine de mort, la Virginie serait le premier État sudiste à le faire. Enfin, la Virginie, c’est dans l’Histoire des États-Unis, l’État qui a le premier exécuté, dès 1608, et le plus !

Même en comptant depuis 1973, date du rétablissement de la peine de mort par la Cour suprême, elle a procédé à 176 exécutions, juste derrière le Texas. C’est donc un bastion qui tombe.

Le population américaine désormais abolitionniste

On sait que, depuis novembre 2019 exactement, à l’occasion d’un sondage de l’institut Gallup, les Américains dans leur ensemble pensent désormais en majorité que la prison à vie vaut mieux que la peine de mort. Depuis, cette majorité n’a fait que croitre.

D’abord, parce que les campagnes des abolitionnistes ont fait mouche en montrant que les États-Unis étaient la seule démocratie à encore exécuter ou comparant l’Amérique à l’Iran, la Chine, l’Arabie saoudite ou le Pakistan.

Il y a aussi un contexte : 55% des condamnés à mort étasuniens sont des « non-blancs ». Un chiffre insupportable après les manifs qui ont suivi la mort de George Floyd, en mai 2020, étouffé sous le genou d’un policier blanc. Il y enfin, « l’effet Donald Trump ».

D’abord, beaucoup d’Américains ont été choqués par la course aux exécutions fédérales entamée par le 45e président des États-Unis six mois avant la fin de son mandat. Rompant avec 17 années de moratoire, il est parvenu à faire exécuter 13 condamnés.

Ensuite, les Américains ont vu des militants d’extrême-droite alliés pour l’occasion à des suprématistes blancs et des conspirationnistes de QAnon, bref une foule émeutière très blanche, dévaster le Capitole de Washington, une capitale enchâssée en Virginie.

Tout à coup, le danger n’était plus noir de peau mais aussi blanc ! Vous ajoutez à cela 174 condamnés à mort, surtout noirs, innocentés par l’ADN ces dernières années et vous obtenez cette loi d’abolition de la peine de mort en Virginie et bientôt ailleurs.