Par Eric Valmir

Du pétrole au Sénégal...

Vue de la plateforme de forage Cajun Express de Cairn au large du Sénégal
Vue de la plateforme de forage Cajun Express de Cairn au large du Sénégal © Cairn Energy / Cairn Energy

A l'heure où les pays pétroliers subissent la chute des cours et où les producteurs de gaz naturel appréhendent l'impact des exportations américaines, le Sénégal et son voisin Mauritanien développent leurs importants projets d'hydrocarbure.... Pas plus tard qu'hier, la firme Cairn Energy a confirmé une extension des réserves pétrolifères au large du Sénégal... Et souligné la qualité des sables du réservoir supérieur, la dernière sonde révèle une colonne de pétrole brut de 325 pieds d'épaisseur. Au Sénégal, fini les bains de minuit à poil sous la lune et les tams tams woodstock, le folklore c'est du passé. Sur ce champ offshore, on table sur une réserve de 385 millions de barils, soit 20% de plus que les estimations initiales.

Le Sénégal et la Mauritanie pourraient donc devenir exportateurs d'énergie en 2020 autant dire demain rien qu' avec leurs gisements sous marin, pétrole et gaz naturel.

Mais commercialiser ces ressources ne sera pas une opération si facile…

Les extraire et les distribuer suppose des investissements qui se chiffrent en milliards de dollars. Des projets massifs qui obligent les États à passer par des sociétés privées et étrangères. Et c'est là où l'inquiétude se manifeste car paradoxalement, la population sénégalaise n'accueille pas enthousiaste les déclarations tonitruantes de découverte du pétrole. Il est un dicton qui se vérifie un peu trop souvent sur le continent africain. Là où il y a le pétrole, il y a la guerre. Au Nigeria et en Angola, l'or noir a enrichi les places financières, a creusé les inégalités sociales et aggravé les problèmes de sécurité. Les populations précarisées et même agressées par des bandes criminelles. Dans la région des grands lacs, une autre ressource le Coltan a soulevé des nations, des firmes, des ethnies les unes contre les autres avec là aussi des villages ciblés, on viole les femmes devant les maris alors si honteux qu'ils s'en vont, oui leur femme est alors une souillon, les miliciens violent des bébés de 6 mois pour détruire les êtres, la famille, et la structure sociale du village, implanté à proximité des terres convoitées. Les Sénégalais ont ces exemples en tête. Le pétrole arrangera-t-il leur quotidien, le prix à la pompe baissera t-il pour eux … ou au contraire une guerre civile sera -telle enclenchée entre ceux qui en profiteront et les autres... L'Algérie, si proche, si riche, si pauvre voit plusieurs de ses régions maintenues dans le quart monde.

Et les autorités sénégalaises conscientes de cette appréhension multiplient les messages rassurants…

Le président sénégalais se veut transparent. Les contrats signés à la production sont établis tels quels.... 90% pour les firmes anglo-américaines et australiennes qui l'exploitent.. 10% pour Petrosen qui représente l’État sénégalais. Dakar imposerait aussi une fiscalité aux compagnies. Le gouvernement cherche à démontrer qu'il veut utiliser cette énergie pour les siens, un exemple seuls 30% du territoire disposent de l'électricité. 70% dans l'obscurité. Tout ça sera pour le peuple sénégalais répète aussi le ministre de l'énergie, mais ces déclarations de bonnes intentions sont contredites par des ong comme Oxfam, un risque de mauvaise gestion important, compte tenu du délai de cinq à dix ans entre la prospection et la commercialisation, c'est court et le Sénégal n'a pas un cadre légal adéquat. Pour Oxfam, le modèle, c'est le Ghana qui s'est doté d'un fonds pour les hydrocarbures dont les recettes sont automatiquement affectées à l'Agriculture et l’Éducation. Sans filets, la porte est ouverte à la corruption, l'enrichissement personnel et l'accroissement des inégalités...

Et puis, il est une inconnue qui n'est pas négligeable, les réelles retombées financières, depuis deux ans, le prix du pétrole a chuté de 70%, le baril est à 40 dollars, on peut timidement espérer 50 en 2020, mais preuve que le secteur n'a pas un avenir dessiné, le FMI a appelé avant hier les monarchies du golfe à chercher de nouvelles sources de revenus. Le pétrole sénégalais n'a pas fini d'alimenter conversations et convoitises.

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