Alors que la pandémie fait des ravages, une vidéo montrant le président brésilien insultant 34 fois l'assistance des ministres parvient à l'affaiblir un peu plus. Revue de détail.

Jair Bolsonaro, président du Brésil
Jair Bolsonaro, président du Brésil © Getty / Buda Mendes - FIFA/FIFA

Direction le Brésil ce matin où le président Bolsonaro fait encore parler de lui. C'est la Cour suprême du pays qui a fait parler la justice et a autorisé la diffusion d'une vidéo de près de 2 heures du conseil des ministres du 22 avril. Les Brésiliens se sont précipités pour la regarder.

Les commentateurs – et les Brésiliens atterrés – ont ainsi pu compter pas moins de 34 insultes explicites et autres borborygmes de déplaisir.

Mais le plus grave est que, dans cette vidéo, Jair Bolsonaro semble accréditer lui-même les accusations d'avoir voulu éviter de remplacer le chef de la police fédérale pour éviter l'enquête pour corruption à l'encontre de ses deux fils et d'une partie de ses proches.

La pandémie absente des débats 

Pas une minute de cette vidéo n'est consacrée à la crise sanitaire effroyable que traverse le Brésil. Alors, pour être tout à fait juste, il faut souligner qu'au 22 avril, le Brésil ne comptait "que" 3 000 morts du Covid-19.

Aujourd'hui, le Brésil est le 2e pays au monde en nombre de cas confirmés et dénombre plus de 22 000 décès. Reste que le 22 avril, la plupart des pays d'Amérique latine étaient déjà confinés : au Brésil, le président parlait encore de "petite grippe".

Par ailleurs, le Brésil est un pays fédéral, comme les Etats-Unis et que si le président Bolsonaro n'en voulait pas, beaucoup d'Etat fédérés ont, eux, décrété le confinement. En fait, il y a tout de même un passage sur la pandémie... mais un passage effroyable.

Celui du ministre brésilien de l'Environnement, Ricardo Salles : il explique que, je cite, "l'épidémie a détourné l'attention des médias et permis de promulguer ses lois environnementales" sans bruit.

Les lois en question permettront, notamment, de déforester l'Amazonie sans craindre de mesures de rétorsion ; elles permettront aussi à terme aux entreprises minières d'obtenir des licences plus facilement, y compris en territoire amérindien.

L'ensemble de cette vidéo est donc dévastateur pour un président qui entame la seconde moitié de son mandat avec à peine un tiers des Brésiliens qui lui font encore confiance. D'ailleurs, une procédure de destitution est en cours au Congrès des députés.

Une procédure parlementaire en destitution

Sur le papier, oui ! Le président Bolsonaro s'est éloigné du parti qui l'a fait élire et qui, de toutes façons, était minoritaire au Congrès. Or les politiques brésiliens ont l'instinct de survie chevillé au corps : il sacrifieront ce poids mort plutôt que de couler avec !

D'ailleurs, les rats quittent déjà le navire : trois ministres ont démissionné récemment, dont deux ministres de la Santé. Le 3e est une star à droite : c'est l'ancien juge Sergio Moro. Celui qui avait fait emprisonner l'ex-président de gauche Lula da Silva.

Le problème est que si Jair Bolsonaro était destitué, le vice-président lui succéderait. Ce dernier, Hamilton Mourão, est un ex commandant-en-chef de l'armée brésilienne. Or, la dernière fois qu'un militaire était à la tête du Brésil, ça s'appelait la dictature et ça a duré 20 ans.

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