La mort du patriarche orthodoxe de Serbie de la Covid19 et le dernier décès d'une série noire au sein du haut clergé des Eglises balkaniques. La réticence des hiérarchies orthodoxes aux fermetures d'églises et autres interdictions de pèlerinage n'a rien arrangé.

Patriarche de l’Église orthodoxe serbe depuis 10 ans, Irénée s’est éteint vendredi à l’âge de 90 ans, victime de la Covid19. Ses funérailles ont eu lieu à Belgrade dimanche, entouré de milliers de fidèles. Résultat : un des évêques présents a été testé positif lundi.

Or, on sait comment Irénée a été infecté : le 1er novembre, il a assisté au Monténégro aux funérailles de l’évêque Amfilohije, mort lui-aussi de la Covid à 82 ans. Comme à Belgrade 3 semaines plus tard : ni masques, ni distanciation et des milliers de fidèles.

Amfilohije qui, en plus, s’était distingué ces derniers mois en expliquant que l’épidémie n’était pas si dangereuse, que les offices et les rassemblements religieux était « le vaccin de Dieu » et qui refusait pour lui et les siens le port du masque.

Une hécatombe de prélats

Dans la région, c’est-à-dire les Balkans, c’est une véritable hécatombe ! L’Archevêque d’Athènes et chef de l’Église orthodoxe grecque, Jérôme II, est en soins intensifs. Son hospitalisation fait suite à la mort de Jean, Métropolite de Lagadas.

Un prélat inhumé à la mi-novembre qui refusait le masque et traitait de « blasphémateurs » ces politiques qui voulaient fermer les Églises pendant le confinement et surtout, interdire les pèlerinages, si importants en Orthodoxie.

Il y aussi le métropolite bulgare Ambroise, mort mi-août ; le métropolite Théophane du Tatarstan en Russie, décédé lui-aussi de la Covid19 le 20 novembre. Je ne vous parle que des hiérarques : popes et moines tombent par dizaines dans tous les Balkans.

"Punitions divines" contre les politiques

Il y a plutôt un problème avec les Églises orthodoxes balkaniques. Prenez la Grèce : c’est parce que le Synode des évêques a été incapable d’appeler à la fermeture des églises que le gouvernement a été obligé d’intervenir.

En Roumanie, l’Église a très mal réagi à l’interdiction, fin octobre, des pèlerinages populaires de Saint Dimitri. Le Patriarche Daniel de Roumanie a osé comparer cette interdiction à celles du dictateur Ceausescu et menacé les politiques de « punitions divines ».

En Russie, la hiérarchie orthodoxe a approuvé la sortie d’un petit livre de prière anti-Covid19 et expliqué que la prière et la communion étaient les meilleures garanties. Pourtant, le rite même de la communion pose problème.

Rituels et pèlerinages en cause 

Dans le rite orthodoxe, la communion est donnée à l’aide d’une seule et même cuillère.  Pas très hygiénique ! Les évêques grecs ont pourtant expliqué que l’on ne pouvait attraper la Covid19 en communiant, puisqu’il s’agissait du corps et du sang du Christ.

De la même façon, lors d’un enterrement, comme celui d’Irénée à Belgrade, dimanche dernier, vous êtes amené à embrasser la vitre du cercueil.

Si vous ajoutez à cela l’âge avancé des évêques, patriarches et métropolites et souvent celui des fidèles, vous obtenez des dizaines de morts quelques semaines plus tard… mais en odeur de sainteté, bien sûr !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.