Alireza Firouzja est le 2e meilleur joueur d'échecs junior au monde et il est Iranien. Il a décidé de changer de nationalité pour participer aux championnats du monde de Moscou et donc affronter des joueurs israéliens.

Alireza Firouzja (Iran) serre la main de son opposant durant les Championnats du monde d'échec 2018 à Saint-Pétersbourg (Russie)
Alireza Firouzja (Iran) serre la main de son opposant durant les Championnats du monde d'échec 2018 à Saint-Pétersbourg (Russie) © AFP / Alexander Galperin / Sputnik

Il s'appelle Alireza Firouzja, il a 16 ans, et il est déjà un des meilleurs joueurs d'échec au monde. Dans sa catégorie, junior, il est même le 2e joueur le mieux classé au monde. Avec 2723 points au classement ELO, deux petits points derrière le Chinois Yi Wei.

Ce n'est pas une surprise qu'un jeune Iranien soit si doué aux échecs. D'une part, le jeu doit beaucoup à la Perse. C'est là qu'au 6e siècle, on jouait au "chatrang", un ancêtre des échecs, et c'est par la Perse que le jeu est passé dans le monde arabe, puis en Occident.

Ensuite, l'Iran a de très nombreux joueurs et un concours national annuel qui s'est à peine interrompu pendant la Révolution de 1979. Enfin, l'Iran est une grande nation des mathématiques pures. Or, entre les maths et les échecs, c'est presque incestueux...

Le courage d'Alireza et sa discrétion 

Eh bien, discrètement, mais fermement, il a fait savoir à la Fédération iranienne d'échecs qu'il s'apprêtait à changer de nationalité pour pouvoir participer en toute liberté aux prochains championnats du monde à Moscou.

L'Iran a récemment décidé de ne pas participer à cette compétition et pour une raison strictement politique : il y avait de grandes chances que ses champions, au premier rang desquels Alireza Firouzja, soient opposés à des joueurs israéliens.

En fait, pour les échecs comme pour les autres sports, la règle est immuable : l'Iran déclare forfait ou perd opportunément dès que le classement obligerait un de ses athlètes à devoir affronter un Israélien, homme, femme ou équipe.

Le cas s'est déjà présenté : en septembre dernier, le judoka iranien Saied Mollaei a dû déclarer forfait plutôt que de se mesurer à l'Israélien Sagi Muki. Le président de la Fédération de judo iranienne en personne est venu le menacer pour obtenir son forfait.

On connait tous les détails, parce que le judoka iranien s'est réfugié en Allemagne. À la suite de cette affaire, la fédération iranienne a été exclue de toute compétition et Saied Mallaei devrait participer aux JO de Tokyo dans l'équipe olympique des réfugiés.

Les manifs, la fan de foot et le joueur d'échecs

Bien sûr ! La position iranienne est politique et donc, lorsqu'un athlète iranien choisi d'y contrevenir publiquement, c'est une prise de position politique... Même si la plupart d'entre ces athlètes le justifie avant tout pour des raisons sportives.

Dans le cas de notre jeune joueur d'échec, l'affaire s'est jouée en deux temps : en avril dernier, les médias iraniens rapportent qu'il a refusé de rencontrer un joueur israélien lors d'une compétition en Allemagne. Mais depuis, il s'est passé beaucoup de choses.

D'abord, il y a eu cette jeune femme condamnée par un tribunal de Téhéran pour avoir assisté habillée en homme à un match de foot. Elle s'est immolée devant le tribunal. Elle est décédée de ses blessures.  

Ensuite, il y a eu en novembre ces manifestations contre l'augmentation des prix du carburant qui ont été sauvagement réprimées par le régime iranien : on parle au bas mot de plus de 200 morts.

Dans ces circonstances, la décision d'Alireza Firouzja est particulièrement courageuse. Enfin, ce jeune homme vit en France et qu'il a le choix entre les nationalités française et étasunienne. Je serais très fier qu'il choisisse de devenir français.

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