L’Oscar du meilleur acteur est allé à Rami Malek, un égypto-américain et le moins qu’on puisse dire c’est que l’Égypte officielle est mal à l’aise avec cette récompense. .

Rami Malk, Oscar du meilleur acteur pour son rôle de Freddie Merury dans "Bohemian Rhapsody"
Rami Malk, Oscar du meilleur acteur pour son rôle de Freddie Merury dans "Bohemian Rhapsody" © AFP / Valérie Macon

On part en Egypte ce matin, où l'Oscar de Rami Malek est une fierté et une douleur. Il faut d'abord rappeler que Rami Malek est ce jeune acteur né qui a remporté l'Oscar du meilleur acteur, coiffant au poteau quelques pontes de Hollywood : Bradley Cooper, Christian Bale, Willem Dafoe et Viggo Mortensen... Pas mal tout de même.

D'autant qu'il est récompensé pour un rôle difficile, celui du flamboyant chanteur de Queen, à savoir Freddy Mercury, mort du sida en 1991. Un rôle totalement à contre emploi pour Rami Malek et c'est probablement pour cette raison qu'il a été récompensé.

Or, il se trouve que Rami Malek est, certes, né aux Etats-Unis mais de parents égyptiens. Sa famille est même originaire d'une petite ville de haute Egypte, Samalut, où il a encore, des oncles, des tantes et des dizaines de cousins.

Fierté et malaise au Caire

Bien sûr ! Tout est bon pour ramener un peu de baume au cœur d'un peuple qui a cru se débarrasser de l'oppression en 2011 et qui, moins de 10 ans plus tard, subit un régime encore plus cruel et dictatorial que celui qu'il a renversé.

Mais les Égyptiens ont les réseaux sociaux pour exprimer leur joies ou leurs peines – je tiens à préciser que l'exemple égyptien montre combien l'anonymat sur les réseaux sociaux peut être précieux – et là, ils expriment plus de désespoir que de fierté :

D'abord, ils font remarquer qu'il faut être parti pour être un jeune Égyptien talentueux et surtout reconnu pour son talent. Qui sont les deux Égyptiens du moment ? Mohamed Salah le footballeur, qui a fait carrière en Grande-Bretagne et donc Rami Malek.

Une jeunesse délaissée

Mohamed Salah avait déjà un début de carrière en Egypte, c'est vrai. Après tout, il y a là-bas quelques uns des meilleurs clubs de foot d'Afrique. Mais la politique n'est jamais très loin du foot dans le monde arabe, on l'a vu encore cette semaine avec l'Algérie.

Mohamed Salah a choisi de partir d'Egypte pour l'Europe en 2010, juste avant que les grands clubs qui lui proposaient de rester au pays soient entraînés dans la révolution de 2011. C'est loin d'Egypte qu'il a tranquillement pu dérouler sa carrière et son talent.

Pour Rami Malek, il suffit de lire les commentaires sur les réseaux sociaux : Hamed Kabbara, un caricaturiste, écrit par exemple : « s'il était resté en Egypte, il aurait soit conduit un tuk-tuk pour survivre, soit aurait terminé au bout d'une corde ».

Jouer un gay flamboyant ? Impossible en Egypte

Non, certes. Mais par contre de jouer un homosexuel flamboyant comme Freddie Mercury ça ne peut que vous causer des ennuis... graves. Voire très graves. Je rappelle qu'il y a un mois, un journaliste a été arrêté simplement pour avoir interviewé un gay !

En plus, il se trouve que la famille de Rami Malek est Copte, c'est-à-dire chrétienne, comme 10 à 15% - on ne sait pas trop – de la population égyptienne. Une communauté largement discriminée quand elle n'est pas l'objet d'attentats sanglants.

Vous voyez rien n'est simple : l'Egypte est à la fois le cœur battant du monde arabe, avec ses 100 millions d'habitants et son histoire six fois millénaire et, en même temps, la « mère du monde » comme disent les Egyptiens, a tendance à manger ses enfants.

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