Asayel est une rappeuse saoudienne et son dernier clip, "La Fille de La Mecque", a suscité le courroux des conservateurs et des autorités.

Asayel Slay, rappeuse, est accusée de blasphème après avoir publié un clip intitulé "Fille de la Mecque"
Asayel Slay, rappeuse, est accusée de blasphème après avoir publié un clip intitulé "Fille de la Mecque" © Capture d'écrans : https://www.youtube.com/watch?v=nTT0Tmmzt1E

On a du mal à le croire, vu de France, mais il y a un vrai public pour le rap en Arabie saoudite et des stars locales. Si je voulais faire le malin, je vous citerais Qusaï ou encore Leesa, qui est une rappeuse et dont la chanson sur les femmes au volant est un hit !

Je vous traduis : « je n'ai besoin de personne pour me conduire / Et ma ceinture je la passe sur mon abaya ». Deux millions de vues tout de même ! C'est logique : la moitié de la population saoudienne a moins de 25 ans et c'est le pays le plus connecté au monde.

Un clip qui met le feu aux poudres

Mais ce matin, je voulais vous parler d'une autre rappeuse saoudienne. Elle s'appelle Asayel Slay – on va dire comme tout le monde en Arabie Saoudite Asayel – et son nouveau rap s'appelle "bint Meka", "La fille de La Mecque".

On va traduire : « Je suis une fille de La Mecque / Tout ce dont on a besoin, c'est d'une fille de La Mecque / Ne m'énervez pas, il vous en coûtera / Les filles de La Mecque sont les plus belles et les meilleures ».

C'est très soft ! Pourtant, le prince Khalid Ben Faisal, gouverneur de La Mecque, a twitté que ce clip et son auteure "offensaient les mœurs et les traditions des Mecquois et contredisaient la haute identité et les coutumes des fils de La Mecque".

Aussitôt, une véritable campagne sur les réseaux sociaux s'est déchaînée autour du # Tu-n'es-pas-une-fille-de-La-Mecque et reprochant à Asayel de galvauder l'image de la Ville Sainte et de blasphémer. Elle a dû retirer son clip et a probablement déjà été arrêtée.

Bataille de tweets pour et contre Asayel

On n'en sait rien. On sait que les autorités ont demandé son arrestation mais, aux dernières nouvelles, on ne connaît pas son sort précisément. Notamment parce qu'une autre campagne, favorable celle-là, se met en place.

Autour du # la-fille-de-La-Mecque-me représente ! Une campagne d'autant plus gênante pour le régime saoudien que, depuis 2018 et à coup de dizaines de millions de dollars, la communication du royaume essaie de promouvoir l'ouverture du pays.

En clair, on accuse le régime d'hypocrisie : d'un côté on permet aux femmes de conduire, de l'autre on enferme les militantes saoudiennes des droits des femmes ; d'un côté on organise des festivals internationaux, de l'autre, on inquiète une rappeuse locale.

Enfin, il y a une dimension raciste à cette affaire. Car Asayel est saoudienne mais d'origine érythréenne, c'est-à-dire noire. Or, dire qu'elle est "une fille de La Mecque" tout en étant noire est insupportable pour les conservateurs.

Une auteure et journaliste égypto-américaine, Mona Eltahawy a forgé un joli mot valise pour parler de ce double stigmate : femme et noire en Arabie saoudite : elle parle d'une société "misogynoire".

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