Le Chef d'Etat major des armées espagnoles, des dizaines de maires et conseillers municipaux et même le "ministre" de la Santé de la région de Murcie : tous ont été vaccinés avant leur tour. Scandale.

 Le général espagnol Miguel Ángel Villarroya a profité d’un lot destiné aux soldats appelés à des opérations extérieures pour se faire vacciner
Le général espagnol Miguel Ángel Villarroya a profité d’un lot destiné aux soldats appelés à des opérations extérieures pour se faire vacciner © Getty / Europa Press News

On part en Espagne ce matin, où l’on ne compte plus les démissions de politiques. La dernière en date est celle de la maire socialiste de Molina de Segura, une ville de 70 000 habitants de la région de Murcie, dans le sud-est du pays. Esther Clavero a dû démissionner hier après avoir perdu la confiance de son Conseil municipal. Pourtant, elle n’a ni été convaincue de vol, ou de corruption : elle a démissionné parce qu’elle avait reçu bien avant son "tour" le vaccin Pfizer contre la Covid19. En Espagne, comme en France, les soignants et les pensionnaires d’EPHAD sont prioritaires. Or, Mme Clavero n’a que 43 ans. Sauf que, dans son cas, l’affaire est assez injuste : elle est atteinte d’une co-morbidité grave et, comme maire, est en contact permanent avec ses concitoyens. C’est le centre de vaccination qui l’a appelé pour la vacciner en priorité.

Pourquoi démissionner si elle avait de bonnes raisons d’être vaccinée ?

Mauvais endroit, mauvais moment ! Dans la même région de Murcie, le conseiller régional à la Santé, Manuel Villegas, venait de démissionner quelques jours plus tôt après que la presse eut appris que lui aussi s’était fait vacciner en devançant largement son tour.

Lui et 400 fonctionnaires et hauts responsables de la région ! Il a d’abord refusé de quitter son poste mais devant le scandale, six heures plus tard, il a dû s’y plier. Et son cas, s’il est le plus ahurissant, est loin d’être isolé : les Espagnols ont appris médusés, à la fin de la semaine dernière, que le Chef d’État-major de l’armée espagnole, le général Miguel Ángel Villarroya, avait lui aussi profité d’un lot destiné aux soldats appelés à des opérations extérieures pour se faire vacciner.

Démission express du Chef d'Etat major de l'armée

C’était samedi et il n’a pas démissionné : il a été démis de ses fonctions. Surtout lorsqu’on a appris qu’une bonne part des hauts gradés de l’État-major avait aussi profité de l'aubaine. Jusqu’à l’officier de liaison de la Guardia civil ! Lui aussi destitué samedi. Et la liste ne cesse de s’allonger : il y a ceux qui expliquent qu’ils ne voulaient pas laisser perdre une dose, comme cette conseillère municipale de Plasencia ou encore les maires de El Verger ou Els Poblets dans la région de Valence : démissionnés dans la minute.

Il y ceux qui avouent en bloc, comme la ville de Pontevedra en Galice qui reconnait 17 vaccinations indues et ceux qui n’ont même pas attendu 24h, comme le maire de Rafelbunyol, région de Valence, qui s’est fait vacciner dès le premier jour possible, le 27 décembre.

L'Espagne en pleine recrudescence épidémique !

L’Espagne, c’était hier plus de 38 000 nouvelles infections, deuxième pays au monde par le nombre de nouveaux cas après les États-Unis et un nombre de morts par million d’habitants parmi les plus élevés d’Europe.

Reste qu'à la décharge de l’Espagne, elle n’est pas la seule à connaitre ce type de scandales : les Polonais ont ainsi appris récemment que 18 politiques de haut rang mais aussi des acteurs et des chanteurs de variété avaient, eux aussi, largement devancé leur tour de vaccination. Certains en Europe considèrent donc être plus égaux que les autres…