Ce sera le 5 juin, premier tour des élections municipales en Italie. Et bien à Rome la campagne électorale rappelle les scénographies de Coppola, sauf qu'ici il s'agit, non pas de fiction mais de réalité.

Un tableau saisissant, les deux derniers maires de la ville trainés devant les tribunaux... à droite Gianni Alemanno accusé d'avoir touché 125 000 euros en échange de services rendus aux parrains mafieux de la région, appel d'offres truqués, et à gauche Ignazio Marino dont on louait l'intégrité et le sens de la politique, faux et usage de faux, frais de bouche surtaxés, et quelques liaisons peu recommandables présumés...Les fruits d'une vaste enquête Mafia Capitale. Les carabiniers ont toujours le sens de la formule pour dénommer leurs opérations... Une société de pédalos qui monte un parc de 100 éoliennes dans un endroit où il n'y a pas un souffle d'air, simplement pour toucher les subventions européennes qui encourage le recours aux énergies renouvelables et voilà l'!Antimafia embarqué dans une enquête qu'il baptise « autant en emporte le vent »... Bref, c'est dans ce climat délétere empoissonné par les liens entre mafia et politique que se déroule cette campagne pour les municipales... Autant dire tout de suite, que les représentants du centre Gauche, le parti démocrate de Matteo Renzi, et le centre droit, le candidat de Silvio Berlusconi sont d'ores et déjà hors course... Les sondages les placent très loin d'un deuxième tour qui se jouera entre deux femmes, une première...

Une femme, maire de Rome, l'idée est déjà séduisante...

L'idée oui, en plus elles sont jeunes mais le casting peut prêter à débat... Deux femmes la blonde contre la brune qui veulent apparaître, nouvelles, hors appareil, et respectables.... d'un coté Giorgia Meloni, 39 ans, ,enceinte de 7 mois.... ex néo fascistes, avouez que l'étiquette n'est pas simple à comprendre. Il a fallu des années aux néo fascistes italiens pour distiller l'idée que les néo fascistes n'étaient pas fascistes, alors les ex néo, n'en parlons...Il n'empeche.... Giorgia Meloni a fréquenté des jeunesses aux chemises bien noires pendant des années, avec l'idée de déculpabiliser le sentiment de honte qui pouvaient frapper ces jeunes aux idées bien arrêtees et qu'elle se présente sous l'étiquette Ligue du Nord résolument anti immigré, anti euro.... Joli cursus.... La brune, Virginia Raggi 37 ans... candidate du mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, ex humoriste présenté comme populiste sur la scène européenne... et sensation des dernières legislatives. Virginia Raggi profite de l'écoeurement des romains pour la gouvernance politique d'une cité qui croule sous les affaires, à la manière de la Sicile façon Cosa Nostra ou de Naples, versant Gomorra... Elle met en avant la société civile qu'elle dit représenter, les citoyens lambdas, loin des partis politiques et de élites économiques, ses ennemis jurés fers de lance de la corruption. Elle est belle, élégante, et sait parler en public, normal, elle est avocate de profession et... tient, a travaillé au sein d'un cabinet qui avait pour client Lhistorique dont ils assuraient la défense Cesare Previti, député, condamné pour corruption de magistrats, Marcello dell Utri sénateur condamné pour collusion avec la Mafia, surnommé l'ambassadeur de Cosa Nostra à Milan ou encore Luciano Gaucci, entrepreneur condamné pour banqueroute frauduleuse dans le milieu sportif... Virginia Raggi plaide que défendre un client ne signifie pas adhérer à son univers et qu'elle ne traitait pas personnellement ses dossiers, ce qui semble être le cas, mais cette affaire laisse entrevoir des liens étroites avec la haute bourgeoisie romaine de droite, les élites financières, ce que les miliants de Beppe Grillo apprécie modérément, surtout quand il s'agit de mettre en avant la société civile et une autre manière de gouverner la ville... Dotoessa jekyl et signora Hyde, dit on dans les rangs du mouvement 5 étoile

Et on ne peut s'empecher de repenser à 1992... l'opération mains propre, les 2/3 de l'assemblée démissionnaire parce que sous le coup d'instruction judiciaire pour liens avec la Mafia, le Vatican éclaboussé, le principal parti la Démocratie Chrétienne enterré... Et sur ces ruines fumantes de la scène politique, un homme nouveau fustigeait le sérail des partis corrompus, provoquait les parrains d'un autre temps, revendiquer parler au nom des italiens, lui qui venait de la rue, du monde de l'entreprise, il s'était fait tout seul et maintenant il allait redresser le pays en tournant le dos aux élites... Avec lui enfin, l'horizon dégagé annonçait des lendemains meilleurs... Un certain Silvio B... on connait la suite...

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