Trop peu d'Emiratis, trop d'étrangers : la compagnie aérienne locale met les bouchées double pour tenter d'attirer les locaux... sans grands succès.

Avion des Emirates
Avion des Emirates © Getty / SOPA Images

Vous nous emmenez aux Emirats arabes unis ce matin, et en avion encore ! Prenez place à bord de la compagnie dubaïote Emirates et surtout, le voyage va durer quelques minutes à peine. Encore faut-il que l'entreprise fasse son devoir envers sa petite patrie du Golfe persique de 9 millions d'habitants et parvienne à embaucher local. 

Les émirats arabes unis dépendent en effet à 90% de la main d'oeuvre étrangère. C'est-à-dire que sur 9 millions d'habitants, 8 sont étrangers : Indiens, Egyptiens, Bangladais, Pakistanais. Une dépendance qui s'épargne pas Emirates :

Sur un total d'environ 20 000 personnels de bord ; seul... Tiens, à votre avis : combien de ces hôtesses, stewards et pilotes sont Emiratis ? 50 ! C'est-à-dire 0,25% de l'ensemble. Il fallait réagir et la compagnie a décidé de tout faire pour attirer les locaux.

Pantalon et hijab en guise d'uniforme

D'abord, régler quelques problèmes culturels : les Emirati(e)s – surtout les femmes - voient le métier d'hôtesses comme un boulot de domestique. Plus les constants voyages, l'inconfort des uniformes et l'obligation de servir de l'alcool : la recette de l'échec.

En clair, pour une Emiraties : porter des jupes courtes en public, voyager loin de sa famille et servir des cocktails à des étrangers : pas question ! La solution : des pantalons et des hijabs en guise d'uniforme et surtout des salaires très très attractifs.

Une Emiratie, touchera un salaire de base de 18 000 dirhams, plus 4 à 5 000 dirhams mensuels, pour compenser l'inconfort des voyages trop fréquents : 23 000 dirhams en tout, soit environ 5 700 euros mensuels ! 5 fois plus qu'une hôtesses étrangère !

Un salaire quintuplé 

Je vous rassure, même en quintuplant le salaire de base, la Compagnie n'a pas réussi à attirer plus d'une centaine de nationaux alors qu'elle offrait plus de 3 000 postes. C'est un peu mieux que le ratio habituel, mais il s'agit juste d'Emiratis pris à l'essai !

En fait, c'est partout dans le Golfe et à tous les niveaux que cette politique de re-nationalisation des postes de travail est à l'oeuvre. Aux Emirats arabes unis, ça s'appelle « l'émiratisation » et en Arabie saoudite, la « saudisation » !

Pourquoi se donner cette peine ? Parce que le chômage culmine de 13 à 15 % aux Emirats comme en Arabie saoudite, avec une pointe à 25% parmi les plus jeunes. Donc le raisonnement est simple : on vire les étrangers, en taxant les patrons qui les emploient.

Les Saoudiennes prennent d'assaut le marché du travail

Aux Emirats, on l'a vu, pas vraiment. En Arabie saoudite, c'est plus spectaculaire : en trois ans, 2 millions d'étrangers ont quitté le pays, c'est-à-dire un cinquième de la population immigrés. Et ce qui est étonnant, c'est que ça a profité aux Saoudiennes !

Le nombre de Saoudiennes qui travaillent est passé en un an de 156 000 à près de 600 000 : une augmentation ahurissante de 282,5% ! Il faut relativiser : il y a près de 9 millions de postes de travail en Arabie saoudite, les femmes c'est 6% du total.

Par contre, virer les Etrangers est en train de produire des effets délétères : l'Arabie saoudite a connu la récession l'année dernière et des milliers d'entreprises ont dû mettre la clé sous la porte, incapable de remplacer les étrangers par des Saoudiens.

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