L'équipe de télévision avait pourtant été tout a fait officiellement invitée à interviewer Nicolas Maduro. Comme des dizaines d'équipes de télé internationales qui, en ce moment, défilent au Palais de Miraflores pour des têtes à têtes réglés comme du papier à musique.

Le journaliste Jorge Ramos, arrêté en pleine interview du président Maduro
Le journaliste Jorge Ramos, arrêté en pleine interview du président Maduro © AFP / Joaquin Sarmiento

L'idée étant de contrebalancer par les ors et la pompe de la République bolivarienne, les images du jeune contre-président Juán Guaido. Donc c'était le tour lundi d'Univision, une chaîne hispanophone américaine, et de de son journaliste vedette Jorge Ramos.

L'interview avait mal commencée, avec des questions sur les arrestations politiques, les manifestants tués à balles réelles, la crise économique et sanitaire et tout a coup, Jorge Ramos sort sa tablette et montre des images choc au président Maduro :

On y voit un groupe de jeunes Vénézuéliens, dont un adolescent, occupés à trier et manger des ordures à même un camion de poubelles. Et surtout on entend un des mangeurs de poubelles dire cela :

J’ai 26 ans et pour la 1ère fois de ma vie, avec ce président, je mange dans les poubelles. Pour la 1ère fois de ma vie. Je m’appelle Jesus, vous pouvez l’envoyer sur Youtube, ou où que ce soit, mais on ne peut pas continuer comme ça, c’est impossible de continuer comme ça.

→ Journaliste : «  Que diriez-vous au président Maduro ? » 

→ «  Maduro, rappelle-toi que le Venezuela est un beau pays et que nous sommes tous Vénézuéliens. Président, excusez-moi, mais comme président tu ne vaux rien. »

C'est cette vidéo qui a entraîné l'arrestation de l'équipe

L'interview aura duré 17 minutes. Puis un ministre est apparu pour expliquer que l'interview n'était plus autorisée, toute l'équipe a été arrêtée, le matériel confisqué et Jorge Ramos interrogé au sein même du palais présidentiel pendant deux heures, puis relâché.

Immédiatement, les images montrées au président Maduro ont fait le tour du monde et c'est vrai qu'elles sont un crève-cœur.  Le journaliste, lui, enchaîne depuis les entretiens.

Que disent ces images ?

Qu'est-ce qui a choqué le président Maduro ? Il lui aurait été facile de répondre que des pauvres mangeant à même les poubelles, on en trouve dans le monde entier. J'en ai moi même vu à Paris, il y a quelques jours dans mon quartier.

En fait, c'est la disponibilité de ces images qui l'a irrité. A Caracas, on laisse une certaine liberté à la presse écrite, que peu lisent et qu'il est facile d'interrompre – on brûle l'imprimerie et c'est réglé – mais on contrôle strictement la télé. Le vrai enjeu.

Or dans ce cas, non seulement les images lui ont échappé, mais en plus le mangeur d'ordures a un message politique clair et enfin, il l'interpelle directement, comme le font les citoyens chavistes convaincus dans les émissions chorégraphiées par le régime.

C'est tout ce qu'un régime tellement propagandiste craint : ses propres armes entre les mains de la vérité. Tout le monde en prison, au journaliste suivant !  

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